‹ Drames et fantaisiesChapitre 31 sur 56 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

RATCLIFF, seul.

Hui ! Quels sifflements ! L’enfer a envoyé ici tous ses fifres. Ce sont eux qui jouent cette musique-là. • La lune s’enveloppe de son large plaid et ne laisse tomber à travers ses plis qu’une maigre lumière. Ha! ha! si elle veut s’en envelopper tout à fait, je ne m’y oppose pas. Malgré l’obscurité, l’avalanche n’a pas besoin d’une lanterne pour savoir où elle doit rouler; le fer trouve de lui-même le chemin de

WILLIAM RATCL1FF

l’aimant; et sans pierre milliaire le glaive éprouvé de Ratclitf trouvera le chemin du cœur de Douglas. Viendra-t-il, ce cher comte? ou bien si l'orage et la peur de gagner un rhume de cerveau, une toux de poitrine, un refroidissement, le retiendront au logis? Il se dit peut-être : ajournons la chose à la nuit prochaine. Ha! ha! et c’est précisément cette nuit-ci qu’il me faut. S’il ne vient pas ici. j’irai le chercher au château de Mac-Grégor. (Frappant sur son épée.) Voilà une clef qui ouvre toutes les chambres, et

j ai là des amis (mettant la main h ses pistolets filés dans sa ceinture) qui couvriront ma retraite, (n prend un des pistolets et le regarde.) Comme il me regarde loyalement! J'aimerais à presser sa bouche contre la mienne, à presser... Oh! après un tel baiser de feu je serais à l’aise et débarrassé de ce mal féroce! (Réfléchissant.) Mais peut-être que dans ce même moment Douglas presserait aussi sa bouche sur la bouche de Marie. Ha! ha! c’est cela même. Voilà pourquoi je ne peux pas mourir. Il me faudrait ensuite sortir chaque nuit de mon tombeau et regarder, ombre impuissante, regarder eu grinçant des dents cet imbécile occupé, comme un dogue avide, à flairer, à contempler bouche béante les charmes de Marie. Je ne

peux pas mourir. Si j’allais au ciel et que par les fentes du céleste rideau il m’arrivât de jeter les regards dans la chambre de Douglas... Je pousserais une telle imprécation que les joues roses des bons petits anges deviendraient toutes pâles, et que, saisis d’effroi, ils sentiraient se glaçer au fond de leurs gosiers le flot insipide et monotone de l’alleluia. Et si je dois être condamné un jour à l’éternel enfer, eh bien ! je veux être un diable, et non pas seulement un pauvre et misérable pécheur.

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