SCÈNE XII
RATCLIFF, DOUGLAS.
Chut! écoutons! j’entends des pas. (a haute voix.) Holà! qui es-tu, toi qui t’approches? Réponds.
DOUGLAS
Je connais cette voix. C'est la voix du généreux cavalier qui m’a sauvé l’autre jour des griffes des brigands dans la forêt d’Inverness. (11 s’approche.) Oui, oui, c’est bien vous. Aujourd’hui vous ne m’échap-
WILLIAM RATCLIFF
perez pas : je pourrai donc vous remercier d’une action si noble,
RATCLIFF.
Oh ! point de remercîments. Ce fut de ma part un pur caprice si je vins à votre secours. Ils étaient trois contre vous, c’était trop. S’il n'y en avait eu qu’un seul, je jure que j’aurais suivi mon chemin sans me déranger.
DOUGLAS
Pourquoi ce ton chagrin? Soyons amis.
RATCLIFF.
Eh bien, soit. Mais en signe d’amitié il faut m’accorder une grâce à l'instant même.
DOUGLAS
Parlez, je vous appartiens corps et âme.
Mon nouvel ami, veuillez quitter cette place, (en riant) à moins qu’on ne vous appelle le comte de Douglas.
DOUGLAS, déconcerte.
Oui, c’est mon nom.
RATCLIFF.
Quoi? vous êtes le comte de Douglas? (Riant.) Oh! tant pis; alors c’en est déjà fait de cette jolie petite
amitié tout fraîchement cuite au four ; car, sachez-
le, monsieur le comte, je me nomme William Ratcliff.
DOUGLAS, avec indignation et tirant son épée.
C’est toi qui es le meurtrier de Macdonald et de Duncan?
RATCLIFF, tirant son épée.
C’est moi, et pour compléter le trio je vous ai donné rendez-vous ici, monsieur le comte.
DOUGLAS, s'élançant sur lui.
Détestable assassin, défends-toi. (ils sc battent.)
RATCLIFF.
Hat ha! ha! je frappe autant que je peux. Ha! ha ! ha !
DOUGLAS, s’arrêtant.
Ne ris pas d’une façon si horrible.
RATCLIFF, riant toujours.
Ce n’est pas moi qui ris, ce sont ces pâles fantômes, là. là...
DOUGLAS
Ris donc comme tu voudras. Et vous, ombres de Macdonald et de Duncan, protégez-moi ! (iis se battent.)
RATCLIFF.
Diable et enfer! Le spectre de Duncan pare les
WILLIAM BATCLIFF
coups que je porte. Ne te mêle pas au combat, maudit spectre ferrailleur!
DOUGLAS
Ha! ha! le coup a porté.
BATCLIFF.
Mort et trahison! Voici maintenant Macdonald par-dessus le marché... C’est trop... trois contre un.
(il recule et se heurte au piéJestai du monument.) Ail ! malédiction et damnation! Ratcliff est couché à terre... Tuez-moi! tuez-moi! je suis votre plus grand ennemi.
DOUGLAS, froidement.
Vous savez maintenant ce que vaut 1 épée de Douglas. Peut-être l’autre jour vous ai-je du la vie; aujourd hui, c est vous qui me la devez. Nous sommes quittes. Je crois que vous me connaissez désormais et que cette leçon vous rendra plus sage, (n s en
va la tête haute.)