‹ Drames et fantaisiesChapitre 33 sur 56 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

RatuIifT est couché immobile au pied du monument. Le vent mugit avec plus do violence. Les deux fantômes apparaissent, s’approchent l’un do l’autre en étendant les bras, s’éloignent avant d’avoir pu se rencontrer, puis s’évanouissent.

RATCLIFF. 11 se lève lentement et comme stupéfait.

Était-ce une voix humaine? était-ce le vent? Un de ces mots qui rendent fou me bourdonne dans l’oreille. N’était-ce qu’un mauvais rêve? Où suis-je donc? Qu’est-ce que cette croix, et qu’y a-t-il dessus? (il lit l’inscription du monument.) « Le COlTltfi DuilCan et lord Macdonald ont été assassinés ici par une main maudite. » (Avec emportement.) Ce n’est pas un rêve. Je suis au Schwarzenstein, et je suis vaincu, bafoué, méprisé I Des vents moqueurs, en ricanant, me sifflent ces mots à l’oreille : le voilà l’homme fort, le titanique esprit, qui se moque des hommes et des lois de la Grande-Bretagne, qui ose braver le ciel même... Seulement, il ne peut empêcher le comte de Douglas de reposer cette nuit dans les bras de sa bien-aimée et de lui raconter en riant que ce ver de terre appelé William Ratclill se tordait aux pieds

WILLIAM RATCLIFF

du Schwarzenstein, se tordait misérablement sur le sol, et que le pied de Douglas ne l’a pas écrasé, dans la crainte de se Salir. (Avec nnc explosion de rage.) O sorcières damnées, infernales sorcières, ne riez pas si horriblement, ne me montrez pas ainsi au doigt d’un air moqueur! Sinon, je lance ces rochers sur vos têtes hideuses, je déracine les forêts de pins de l’Écosse pour en fouetter vos jaunes échines, et avec mon pied, comme avec un pilon, je broie le noir poison de vos corps desséchés et maudits! Vent du nord, crève et déchire le monde ! Éclate, ô voûte des eieux, et écrase-moi ! Terre, couvre-toi de ténèbres et engloutis-moi ! (D'une voix moitié farouche, moitié craintive, et qui finit par prendre un accent mystérieux.) Maudite doublure de ma personne, homme-nuage, ne me regarde pas ainsi en écarquillant les yeux; tes yeux sucent mon sang, tu m’engourdis, tu verses de l'eau glacée dans mes veines brûlantes, tu me transformes, moi aussi, en un spectre nocturne... Tu me fais signe d’aller là-bas? Avec ton long bras nuageux tu me fais signe d’aller là-bas? Faut-il? Marie? la blanche colombe? du sang? faut-il?... Holà! Qui vient de parler? Ce n’était pas le vent. Je dois enlever Marie? Oui. dis-tu? Soit! je suis

pret ’ llla vo,onté est ‘>e fer et elle est encore plus puissante que Dieu et diable, (n s-éiance hors do i. scène.)

Châle. m do Mac-Grégor. Une chambre éclairée; dans io fond au n hou un «liiuet fermé par des rideaux. Un entend se perdre dans le lointain les sons d une musique de bal et des rires de jeunes filles Entrent Marie en robe de fête et Marguerite. J

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