‹ Drames et fantaisiesChapitre 50 sur 56 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

Bis-moi, qui a inventé les horloges, la division du temps, les minutes et les heures? C’était un homme triste et froid. Il était assis pendant une nuit d’hiver, il réfléchissait, il comptait le trottement familier des souris et le bruit monotone du ver qui ronge le bois en mesure.

Dis-moi, qui a inventé les baisers? C’était une bouche tout enflammée de bonheur. Elle jetait ses baisers sans penser à autre chose. C’était dans le beau mois de mai; les fleurs sortaient de la terre, le soleil souriait, les oiseaux chantaient.

Comme les œillets embaument! comme les étoiles, essaim d'abeilles d'or, reluisent et scintillent à travers un ciel de couleur violette!

X O L' V li A L I> K I X T E M I* S

Dans l’ombre des châtaigniers brille la villa toute blanche et séduisante; j’entends' le bruit de la porte vitrée, j’entends le murmure de la plus douce voix.

Frémissements pleins de volupté! charmantes émotions! embrassements tendres et timides ! Et les jeunes roses sont aux écoutes, et les rossignols chantent.

N’ai-je pas autrefois rêvé du même bonheur? n’étaient-ce pas les mêmes arbres, les mêmes fleurs, les mêmes baisers, les mêmes regards?

La lune ne brillait-elle pas de la même manière à travers les feuilles du berceau qui abritait notre amour ? Des dieux de marbre ne faisaient-ils pas au seuil, comme aujourd’hui, une garde silencieuse?

Hélas! je sais comme ils changent, ces beaux rêves trop charmants, et comme les fleurs se fanent, et comme les arbres s’enveloppent d’un froid vêtement de neige.

Je sais comment nous en viendrons à nous refroidir nous-mêmes, et à nous fuir, et à nous

oublier, nous qui aujourd'hui nous aimons si ten-

drement, nous qui nous serrons si tendrement cœur contre cœur.

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