‹ Drames et fantaisiesChapitre 51 sur 56 · XXVIII · texte numérisé non relu

XXVIII

Les baisers dérobés dans l’ombre et dans l’ombre rendus, ah! ces baisers si doux, comme ils enivrent de bonheur l’âme qui aime!

Bercée de doux souvenirs et de pressentiments plus doux encore, notre âme pense alors à maintes choses aussi des jours à venir.

Mais trop penser est fastidieux quand on s’embrasse; pleure plutôt, chère âme» et soulage-toi par des larmes.

11 y avait uii vieux roi ; son cœur était fatigué, sâ tête était grise. Le vieux roi prit une jeuile femme.

Il y avait un beau page; sa tête était blonde, son esprit léger. De la robe de soie de la jeune reine le beau page portait la queue.

La vieille chanson, la connais-tu? Elle résonne si doucement, si tristement elle résonne 1 Ils durent mourir tous deux, ils s’aimaient trop.

NOUVEAU PRINTEMPS

Dans mon cœur refleurissent les images depuis longtemps éteintes... Qu’est -ce qu'il y a dans ta voix qui fait tressaillir mon âme?

Ne dis pas que tu m’aimes! Je sais que tout ce qu’il y a de plus beau sur la terre, le printemps et l’amour, doit misérablement périr.

Ne dis pas que tu m’aimes ! embrasse-moi seulement et tais-toi ; tais-toi et souris, si je te montre demain ce bouquet de roses fanées et flétries.

Enivrées du clair de lune, les fleurs du tilleul épanchent leurs parfums, et les bois et les airs retentissent des chants du rossignol.

« Il est doux, ô bien-aimé, de s’asseoir sous ce tilleul, quand les rayons d’or de la lune brillent à travers son feuillage protecteur.

» Regarde cette feuille, tu verras qu’elle a la fbrnie d’un coeur; c’est pour cela qu’entre tous les arbres les amoureux choisissent de préférence le tilleul et aiment à deviser sous son ombre.

» Mais tu souris, comme perdu en des songes

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lointains. Parle, ô mon bicn-aimé, quels sont les désirs qui germent dans ton cœur?

» — Ah ! volontiers, ma mignonne, je t’en ferai l’aveu. Je voudrais qu’une froide bise, venant du nord, soudain nous envoyât une blanche tombée de neige,

» Et que nous, des traîneaux peints de couleurs bariolées, au bruit des grelots sonores, aux claquemens des fouets, nous emportassent, bien enveloppés de fourrures, à travers les plaines et les rivières gelées! »

Dans la forêt, au clair de lune, la nuit dernière, je vis passer les elfes. J’entendais retentir leurs cors, j’entendais sonner leurs clochettes.

Ils chevauchaient sur de petits coursiers blancs qui portaient des ramures d’or, et ils fendaient les airs aussi rapidement qu’une troupe effarouchée de cygnes sauvages.

La reine, en passant au galop, me fit un signe de tête et me lança un sourire. Souriait-elle de me voir encor une fois amoureux? ou bien son sourire était-il un présage de mort?

NOUVEAU PRINTEMPS

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