XXXIII I
Le matin je t’envoie les violettes que j’ai trouvées dès l’aube clans la forêt, et le soir je t’apporte les roses que j'ai cueillies à l’heure du crépuscule.
Sais-tu ce que pourraient te dire ces belles fleurs dans leur langage symbolique? Sois-moi fidèle dès le matin et aime-moi pendant toutes les nuits.
La lettre que tu m’as écrite ne m’inquiète pas du tout. Tu ne veux plus m’aimer, mais ta lettre est bien longue.
Douze pages d’une écriture serrée et charmante ! un petit manuscrit! On n’écrit pas avec tant de soin pour donner congé.
XXXV j
Ne crains pas que je trahisse mon amour devant le monde, lorsque mes lèvres, au sujet de ta beauté, ■ débordent en métaphores.
Sous une forêt de fleurs, il est profondément et soigneusement caché, ce secret brûlant, ce feu profond et discret.
Si parfois des étincelles suspectes jaillissent du milieu des roses, — ne crains rien ! le monde de nos jours ne croit pas aux flammes véritables, et il prendra tout cela pour de la poésie.
Les bruits dont le printemps remplit le jour, il en remplit aussi mes nuits; ses échos et ses reflets se glissent jusque dans mes songes.
Seulement, comme en un pays de fées, les oiseaux alors chantent des mélodies plus gracieuses, les airs sont plus suaves, le parfum des violettes monte plus ardent, plus voluptueux.
Les roses aussi brillent d’un éclat plus vif; elles portent des gloires d’or, comme les petites têtes d’anges dans les tableaux d’église.
Moi-même il me semble alors que je suis un rossignol et que je chante mon amour à ces roses entourées d’auréoles. Je chante en rêvant de merveilleuses mélodies.
Et tout cela dure jusqu’au moment où je suis réveillé par les rayons de soleil ou par le tapage charmant de ces autres rossignols qui bourdonnent en face de ma fenêtre.
NOUVEAU PRINTEMPS 29ij
A la voûte du ciel, les étoiles avec leurs petits pieds d’or cheminent tout doucement, tout doucement; elles craignent d’éveiller la terre, qui dort tranquille au sein de la nuit.
les forêts silencieuses sont là qui écoutent : chaque feuille est une oreille verte f et la montagne, en rêvant, étend son long bras d’ombre.
Mais qui appelle? L’écho de ces accents a retenti dans mon cœur. Était-ce la voix de ma bien-aimée? ou était-ce seulement le rossignol ?
xxxvm
Le printemps est sérieux, ses rêves sont tristes, chaque fleur semble pénétrée de douleur; il y a une mélancolie secrète dans le chant du rossignol.
Oh I ne souris pas, chère belle, ne souris pas si gaiement, si joyeusement! Ohl pleure plutôt; je voudrais avec un baiser essuyer une larme sur ta joue.
Déjà je dois m’arracher du cœur que j’aime si
tendrement, déjà je dois m’en arracher. Si tu savais combien il m’en coule de partir!
La voiture roule sur le pont qui craque, le fleuve sous le pont coule morne et triste. Encore une fois je dis adieu à mon bonheur, je dis adieu au cœur que j’aime tendrement.
Les étoiles filent au ciel comme si elles fuyaient devant ma douleur. Adieu, 6 bien-aimée! dans les pays lointains, partout où je serai, ton image sera dans mon âme.
Les charmants désirs fleurissent et puis se fanent ; ils fleurissent encore et se fanent encore ; les choses vont ainsi jusqu’à la tombe.
Je sais cela, c’est ce qui me gâte tout amour et toute joie. Mon cœur est si intelligent, mon cœur a tant d'esprit, qu’il en est tout saignant dans ma poitrine.
L’apect du ciel est comme un visage de vieillard, avec un seul œil rouge et une chevelure flottante de gris nuages.
NOUVEAU PRINTEMPS
Abaisse-t-il son regard borgne vers la terre, fleurs et feuilles se flétrissent, et l’amour aussi et les chants doivent se flétrir au fond du cœur de l’homme.
xlh
Ennuyé, morose, le cœur refroidi, je parcours le monde également froid et chagrin. L’automne touche à son terme. Un brouillard enveloppe comme d’un linceul humide les paysages à demi morts.
Les vents sifflent, fouettant de côté et d’autre les feuilles rouges et jaunes qui tombent des arbres. La forêt gémit, la bruyère est couverte d’une vapeur fumante. Voici le pire à présent : il pleut.
Les brouillards de la fin de l’automne, comme des songes glacés, s’abattent sur la vallée et sur la plaine. L’orage effeuille les arbres, ils sont nus et chauves comme des spectres.
II n’y en a qu’un seul, un seul arbre silencieux et triste, qui reste là, couvert de son feuillage; humide
de larmes de douleur, il secoue parfois sa tête verdoyante.
Ah ! mon cœur ressemble à ce paysage désert, et cet arbre que je vois là aussi vert qu’aux jours d’été, c’est votre image, madame, l’image de votre inaltérable beauté.
Un ciel gris et vulgaire ! La ville aussi est toujours la même, toujours se mirant dans l’Elbe, aussi gauche et aussi maussade.
De longs nez qu’on mouche aussi bruyamment et aussi ennuyeusement qu’autrefois 1 Et cela s’incline avec une dévotion hypocrite, ou cela se gonfle avec outrecuidance !
O contrées du midi ! combien j’adore votre beau ciel et vos belles divinités, depuis que j’ai revu ces hommes affreux et cet affreux climat!
LE