‹ Drames françaisChapitre 110 sur 137 · SCÈNE XII HECTOR, l'abbé QUEYRIAUX · texte numérisé non relu

SCÈNE XII HECTOR, l'abbé QUEYRIAUX

hector, redescendant.

Vite. 11 est toujours temps de braver ces parjures, De leur lancer en face, à leur front impudent, Mon mépris indigné, comme un charbon ardent ; De les faire rougir, s'ils rougissent encore.

(Un temps.) Amis, que cette ruse ignoble déshonore, Attendez ; gardez-moi ma place...

l'abbé

Oh ! mon enfant, N'y songez plus

HECTOR

J'y cours.

l'abbé

Mon cœur vous le défend.

HECTOR

Le mien est écrasé ; j'ai souffert l'agonie ; Il me manquait la honte avec la calomnie ; Le calice déborde.

l'abbé

Hélas!

HECTOR

Je n'en puis plus!

Je sens là le dégoût monter comme un reflux.

(S'appuyant sur le bras du prêtre.) Prêtre, soutenez-moi, lorsque tout m'abandonne ; Étendez sur mon front votre main qui pardonne, Et...

l'abbé

Votre volonté ?

HECTOR

Rien ne la peut changer.

Aidez mon repentir, car Dieu va le juger.

(Il s agenouille à demi.)

Je m'accuse...

l'abbé, le relevant.

Mon fils!

HECTOR

Père, mon heure est proche ; Mais mon âme pourtant ne me fait qu'un reproche, Un seul.

l'abbé Lequel?

HECTOR

Ces fous, bourreaux de mon pays, Ces Français aveuglés, je les ai trop haïs. Quand un cri de pitié pour eux en moi s'élève, Je deviens sourd, ma haine est là qui se soulève ; J'ai beau la refouler, elle est toujours au fond.

l'abbé

Pardonnez, pardonnez: savent-ils ce qu'ils font?

HECTOR

Ils ont tué mon roi, mon père et notre France.

loc'h maria 267

l'abbé Leur malice est folie et leur crime ignorance.

HECTOR

Leur repentir ?...

l'abbé Chrétien, demandez-le pour eux.

HECTOR

Je les voudrais aimer, puisqu'ils sont -malheureux.

l'abbé Vous le devez : la foi vous le commande encore.

HECTOR

Mais ils ont blasphémé, sali ce que j'adore.

l'abbé

Dieu les a laissés vivre ; il leur ouvre ses bras. Et ces blasphémateurs, ces maudits, ces ingrats, Souillant l'autel, la croix, d'outrages téméraires, Ces fous, par le baptême, Hector, ce sont vos frères.

hector, après un instant de réflexion.

Jésus crucifié, qui savez ma douleur,

Je les aime, pour vous : Jésus, pardonnez-leur.

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