AU LECTEUR
« On criait au miracle ; on disait que c'était le Payement du bûcher de Rouen et que Jeanne d'Arc avec V Archange, invisibles tous deux, avaient combattu pour la France (i) ».
C'est ainsi que llûstorien des Merveilles du Mont- Saikt- Michel résume l'effet produit en Normandie, en France et en Angleterre par la défaite des Anglais au Mont-Saint-Michel, le 17 juin 1434, trois ans après la mort de Jeanne d'Arc.
Jeanne d'Arc avait, dil-on, conçu le dessein de délivrer le Mont dédié à l'Archange protecteur de la Patrie et inspirateur de sa mission libératrice; mais V opposition de la Trémoille et de Regnault de Chartres l'empêcha d'aller détruire V « englescherie » au Péril de la Mer (2).
Trois ans plus tard, le i7 juin 1434, le 7e Capitaine du Mont, messire Louis d'Estouteville « fit placer sur la
(1) Paul Féval, les Merveilles du Mont-Saint-Michel, 90 édition, page 292.
(2) Cf. M. Siméon Luce, de l'Institut, Louis d'Estouteville, etc.; Correspondant, ib septembre 1890, p. 1040.
porte d'entrée du Mont une reproduction de l'étendard (que Jeanne tenait à Reims), pour constater le patronage exercé, à la connaissance de tous, par saint Michel sur la vierge de Domrémy qui venait de ressusciter la France (i). »
— Ce jour-là V « englescherie » fut détruite, en face de cette bannière; et Jeanne d'Arc accomplit la prophétie quelle avait faite : Je nuirai plus aux Anglais, après ma mort, que pendant ma vie.
Jamais le Mont-Saint-Michel, vrai sanctuaire national depuis le huitième siècle et autel de l'Ange de la Patrie, n\i subi la domination étrangère. Déjà, en 1425, après un siège de neuf mois, il avait été délivré d'une façon merveilleuse, à peu près au même moment où le Saint Archange apparaissait à Jeanne d'Arc et lui révélait sa mission (2).
Mais les Anglais, maîtres de toute la Normandie, attachaient un grand prix à cette conquête. Lord Thomas Scales (ou d'Escalles, comme le nommait Jeanne d'Arc), un des chefs vaincus par la Pucelle, à Orléans-, réunit une armée que des historiens ont évaluée à 20,000 hommes. Toujours est-il qu'il avait sous ses ordres, pour cet assaut décisif, l'élite des garnisons de Domfront, d'Alençon, de Vire et d'Avranches (3).
// choisit un quartier de morte-eau, pour battre en brèche les murailles, sans avoir à craindre les marées. Une muraille céda près des Fanils et les Anglais criaient
(1) Paul Féval, t. c. page 288.
(2) Voir Jeanne d'Arc, de M. Marius Sepet, 3« édition in-8°. Introduction, page 88.
(3) Cf. M. Siméon Luce, /. c. page 1042.
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déjà : « Ville gagnée! » lorsqu'ils furent vivement repoussés et défaits par d'Esiouteville et par ses compagnons d'armes, dont environ 120 chevaliers et quelques centaines d'hommes, normands et bretons.
Les Anglais laissèrent 2,000 morts, et abandonnèrent leurs canons ou « bombardes »; deux de ces bombardes se voient encore, posées sur affût, à la porte d'entrée du Mont-Saint-Michel ; on les appelle les Michelettes (i).
Les noms des chevaliers que nous citons au cours de ce drame sont historiques. Le fils aine d'Estouteville se nommait réellement Michel, parce qu'il était né au Mont- Saint-Michel.
Bon nombre de détails de ce drame sont également historiques ; même cette tempête étrange ou miraculeuse, dont il est fait mention à la fin du premier acte ; mais elle avait eu lieu longtemps avant la date mémorable du 17 juin 1434.
Le véritable traître, en cette circonstance, n'est point le personnage que nous désignons sous le nom de Beauvoir. Les Anglais avaient gagné à leur cause Dom Robert Jolivet, abbé du Mont, qui s'était réfugié auprès d'eux; de là vient qu'il n'y avait alors qu'un Prieur, Dom Jean Gonaull, qui figure dans cette pièce.
Nous n'avons pas cru déroger trop à l'histoire, en introduisant dans ce drame un ancêtre du fameux défenseur du Mont-Saint-Michel au seizième siècle, le capitaine Louis de Lamoricière, Seigneur de Vicques, enseigne de
(1) Cf. Paul Féval, Monseigneur Germain, les Annales du Mont-Saint-Michel, et tous les historiens du Mont, Dom Huynes, Dom Le Roy, etc.
Matignon, aïeul lui-même du glorieux vaincu de Castelfidardo.
On ne nous accusera point d'avoir exagéré l'importance de cette victoire de 1434, quand on aura lu les curieux chapitres des Sièges, dans le beau livre de P. Féval, ainsi que le curieux et savant travail de M. Siméon Luce sur Louis dEstouteville et la Défense du M ont- Saint- Michel; travail qui aboutit à celte conclusion: « Le Mont-Saint-Michel, cette merveille de la nature et de l'art, a été le théâtre de la défense la plus opiniâtre et la plus glorieuse dont nos annales militaires aient gardé le souvenir (1). »
Aussi l'un des plus consciencieux historiens de Jeanne d'Arc a-t-il grandement raison d'écrire : « Les péripéties fabuleuses du siège de Troie, sur lesquelles pâlit la jeunesse lettrée de France et de l'Europe, sont bien froides et bien puériles, à côté de l'histoire des sièges du Mont- Saint-Michel au PÉRIL DE LA MER (2). »
Dans la séance du 13 août 1890, M. Siméon Luce réclamait, devant ses collègues de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, l'érection d'une statue en l'honneur du bon et féal chevalier Louis d'Estouteville qui fut trenteneuf ans capitaine du Mont-Saint- Michel, et qui, avec une poignée de braves, défendit l'illustre sanctuaire contre les Anglais, pendant vingt-cinq ans. Après Jeanne d'Arc et le connétable de Richemond, le sire Louis d'Estouteville fut, au commencement du quinzième siècle, le Libérateur de la patrie. Il mérite plus et mieux qu'une statue.
(1) L. c. page 1054.
8 (2) P. J.-B. Ayroles, S. J., Jeanne d'Arc sur les autels, Liv. v, chap. 2.
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N'oublions pas que ce fut son frère, le cardinal d'Estouteville, devenu, en 1444, abbé du Mont-Saint-Michel, qui commença la procédure pour la revision du Procès de Rouen et la réhabilitation de Jeanne d'Arc (1).
(1) V. P. Féval, pp. 295-297, et M. Marius Sepet, p. 499.
Pour chacun des décors, nous reproduisons, aussi exactement qu'il est possible, la disposition des lieux et les points de vue du Mont-Saint-Michel.
PERSONNAGES
LOUIS D'ESTOUTEVILLE, seigneur dA.usseb0sc.7e capitaine du Mont- Saint-Michel.
"MICHEL D'ESTOUTEVILLE, son fils aîné, 16 an:. * DOM JEAN GONAULT, prieur du Mont-Saint-Michel.
JEANPAYNEL, chevalier, lieutenant d'Estouteville.
JEAN DE BRÉAUTË, \
"RAOULQUIN DE CRÉQUY, )
RICHARD DE CLINCHAMP, [ Chevaliers du Mont.