‹ Drames françaisChapitre 133 sur 137 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les Précédents, L'ÉMIR, LE CHEIK

l'émir, au capitaine.

Français, vois-tu là-bas le soleil qui se lève, Ardent comme un coursier, flamboyant comme un glaive Nos plaines sont de pourpre et nos monts de safran.. (Un temps.)

le cheik C'est l'heure.

l'émir Acceptes-tu la vie, et le Coran ?

LE CAPITAINE

Hier, Émir, le soleil s'est-il levé?

l'émir

Sans doute.

le capitaine Et, demain, suivra-t-il là-haut la même route, Versant les mêmes flots d'or, de pourpre et de feu ?

une page d'histoire de france 33 i

l'émir.

Oui.

LE CAPITAINE

Ne sort-il jamais des sentiers du ciel bleu?

l'émir

Non. Le coursier céleste est hardi, mais fidèle.

le capitaine

Émir, tu m'as compris. Je le prends pour modèle ; Je n'aurai qu'une foi, qu'une âme, hier et demain ; Qu'un chemin, l'Évangile — et j'irai mon chemin.

LE CHEIK

C'est bien ; mais tu le sais, ta vie...

LE CAPITAINE

Est peu de chose.

Pour mon pays, voilà six ans que je l'expose. Je vous ai harcelés, battus, non sans danger, Au désert, à Blidah, près d'Oran, sous Alger. Partout : assaut loyal, fusil, course, arme blanche... Après un guet-apens, voici votre revanche. C'est peu fier. Le Coran, l'exemple des Madhis, Font du vol votre code, et de vous des bandits.

le cheik, furieux, cimeterre au poing.

Insolent, chien haineux, abjure ou...

le zouave, se jetant entre le capitaine et le Cheik.

Capitaine, Voilà l'occasion, mon affaire est certaine; Tant mieux. Écoute, Cheik...

le cheik

Tais-toi.

LE ZOUAVE

Tu m'entendras.

(Avec force.)

Mahomet n'est qu'un drôle; et vous des scélérats.

(UÉmir et le Cheik se précipitent, cimeterre en main, sur le Zouave, qui poursuit) :

Écoutez. — Cette nuit, quand ils m'ont dit : Renie, Je n'ai point, dans mon cœur, trahi ma foi bénie ; Mais j'ai trop fait semblant; et, pour qu'on m'épargnât, Je leur ai bredouillé quatre mots d'auvergnat. Je suis resté chrétien, mais je fus un pauvre homme ; Je crois tout ce qu'on croit dans l'Église de Rome ; En bon Français, je crois au Seigneur Jésus-Christ.

(Faisant lentement le signe de la croix) : Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit.

l'émir, au Cheik.

Tuez-le.

le cheik, au Zouave.

Devant moi, va: les bourreaux attendent. LE zouave (i)

Qu'importe ?... delà-haut, mes compagnons m'entendent. Qu'ils m'aident !

(Les yeux et les mains au ciel.)

Vieux amis, pardon.

(Aux Français).

A vous, adieu.

A bientôt, capitaine.

le capitaine, lui serrant la main.

Au rendez-vous de Dieu.

le zouave, au deuxième soldat.

A toi, du repentir.

{Au premier soldat.)

(i) Cette scène doit être dite très lentement. Pauses et jeux de scène après chaque membre de phrase, chaque mot. Le Zouave serre la main de l'officier et du premier soldat. Le deuxième soldat reste à gauche, seul, appuyé et comme absorbé.

A toi, de l'assurance.

(Un temps.) Vive au ciel Jésus-Christ; et sur la terre, la France! (Sur un geste du Cheik, le Zouave sort à droite ; puis le Cheik. — Tous les personnages en scène les suivent des yeux. — Un temps. — Le capitaine met un genou en terre et se découvre — et tous restent un instant immobiles, en silence, tournés vers la droite.)

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