scène
Misérable, va-t-en; mais j'ai tout entendu. Va ! Je sonne l'alarme et Seymour est perdu.
(Une pause.) Perdu?... mais l'autre, hélas! son guide, son complice, Si je trahis Seymour... je le livre au supplice. Cet homme faible et brave, aigri par le malheur, Dont j'aime la fierté, dont je plains la douleur, Cet homme, dont j'ai honte... O Dieu! je crains, j'espère. Cet homme, quel est-il, si ce n'est pas... mon père ?
(// s'appuie sur la table de pierre.) Oh ! comme mon cœur bat d'un indicible émoi ! Il pleurait sur son fils, Gérard. — Son fils! c'est moi. Près de quinze ans on l'a cru mort ; sur leur rivage Ses vainqueurs l'ont tenu, quinze ans, dans l'esclavage.
Mais n'est-il pas encor leur captif aujourd'hui? Les chagrins ont lié son âme...
(Il fait quelques pas.)
Oh ! c'est bien lui !
C'est bien lui. Sous ce joug maudit de l'Angleterre, Il n'a pas abdiqué pourtant son caractère ; Il refuse leur or et leurs lâches appâts ; Son cœur est resté libre : on ne l'achète pas.
(Un temps.) Oh! mon père!... oh! mon père!... oh! mon père! Lui, traître? Ils l'ont tant fait souffrir, et torturé peut-être! Ses cheveux ont blanchi; ses yeux sont presque éteints ; Mais les miens ont gardé leurs souvenirs lointains. C'est lui. — Vers son castel son amour le ramène; Il veut finir ses jours dans son étroit domaine, Pleurer sur nous, dormir dans un même tombeau. Que son crime est affreux !... Que cet amour est beau !
(Très agité.) Mais il trahit !... Et moi, chevalier de l'Archange, Moi, soldat de la France, il faut que je la venge. J'ai vu, je sais, je tiens ces complots de l'Anglais ; Je dois les déjouer.
(Un temps.)
O Dieu, confondez-les !
Leur menace est impie et leur jeu vous outrage, Seigneur. Rendez mon père au devoir, au courage, A l'honneur ; sauvez-le d'un joug avilissant ; Et s'il le faut, pour lui, Seigneur, prenez mon sang.
(Se retournant et remontant.) Holà ! le capitaine et Créquy. — Sur leur route, Ces deux mots...
(// écrit quelques mots sur un morceau de parchemin qu'il jette à terre et sort par la poterne, à gauche. D'Esiouteville et Créquy entrent par la porte de droite.)
LA REVANCHE DE JEANNE d'aRC 89