SCÈNE PREMIÈRE jEGIDIUS, LUDWIG, THIERRY, Peuple
.egidius, entrant, à Ludwig, et montrant le palais. Personne aux alentours du palais solitaire !
LUDWIG
Non. Le saint ?...
voix du peuple, qui entre.
Est-il mort ?
La porte du 'palais s'entr'ouvre, le diacre Lothaire paraît au haut des degrés.
jEGIDIUS
Parlez, seigneur Lothaire.
LUDWIG
Vit-il encore?...
LOTHAIRE
Il vit. Mais peut-être, aujourd'hui, Ou demain... L'heure est proche.
LE PEUPLE
Hélas!
LOTHMRE, toujours sur le haut des degrés.
Priez pour lui.
L'évêque va mourir ; ses prêtres l'environnent ; Et déjà, sur son front, que les anges couronnent, Descendent de là-haut les clartés des élus : Nous l'appelons en vain : il ne nous entend plus. Du baiser de l'adieu couvrant ses mains bénies, Les prêtres à genoux chantent les litanies ; Mais leurs chants douloureux s'achèvent dans les pleurs, L'évêque va mourir.. „ Mêlons nos voix aux leurs. On entend des voix lointaines qui répètent lentement : Roi des vivants, Christ adoré, (i) Miserere !
Le peuple répète ce refrain.
les voix Celui qui meurt, croit, aime, espère.
Dieu des vivants, c'est notre père ; Entends notre appel éploré.
LE PEUPLE
Roi des vivants, Christ adoré, Miserere!
les voix Il nous sauva ; scis-lui fidèle ; Il nous guida; maître et modèle, Il a pour nous prié, pleuré.
LE PEUPLE
Roi des vivants, Christ adoré, Miserere!
^EGIDIUS
Seigneur Dieu, donnez-lui votre paix éternelle.
LOTHAIRE
Michel, ange de Dieu, couvre-le de ton aile.
LUDWIG
Vierge, mère de Dieu, consolez son trépas, (i) Musique du R. P. Gondard.
THIERRY
Saints et saintes de Dieu, ne l'abandonnez pas.
LOTHAIRE
Ce matin, il disait, la main sur le saint Livre : « Mes liens sont brisés : mon Sauveur me délivre ; La porte du ciel s'ouvre et je suis sur le seuil ; Enfants, ne pleurez pas ; la mort n'est pas un deuil. »
jEGIDIUS
Pour les justes, mourir, c'est entrer dans la vie !
LUDWIG
Ils vont au rendez-vous où Jésus les convie.
jEGIDIUS
Ses joursfurentbien longs; mais que ses jours sont pleins 1
THIERRY
Nous, ses fils bien-aimés, il nous laisse orphelins !
lothaire, descendant en scène.
Non, même en nous quittant, il songe à nous ; il prie Pour l'église de Reims, pour nous, pour la patrie ; Disant au Christ, seul roi qui fait les peuples grands : « O Christ, régnez toujours sur le peuple des Francs ! » Ce fut, vous le savez, le vceu du saint apôtre, De donner un pays, son pays et le nôtre, Au souverain Auteur et Vengeur de tous droits ; Au seul Maître éternel, dont le sceptre est la croix. Il voulait (il le veut jusqu'en son agonie) Que, dans la même foi, vaillante, heureuse, unie, La France de Clovis, baptisée en ce lieu, Devienne, après le Ciel, le royaume de Dieu. (Entre Gondemar, suivi d'un groupe de soldats francs. Il voulait — que son rêve un jour se réalise ! — De notre fière épée armer la sainte Église, Nous faire les soldats du vieillard immortel, Qui gouverne le monde, appuyé sur l'autel.