‹ Drames françaisChapitre 48 sur 137 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

GÉRARD, seul.

Seul... — Plus de bruit. — Du jour qui commence à décroître Les lueurs ont pâli ; l'ombre envahit le cloître;

(S'approshant de la colonnade, à gauche.) Mais, là-haut, sur l'église, autour de la croix d'or, L'hirondelle du soir passe et repasse encor.

(Il s'assied sur le banc de pierre.) Peut-être, avec la nuit, sur ce lourd banc de pierre, Malgré moi, le sommeil fermera ma paupière ! Je ne veux pas dormir ; et malgré moi je sens La fatigue peser sur mes yeux languissants ; Et ce dernier rayon du jour qui fuit, les blesse. J'ai déjà tant pleuré.

(Un temps.)

Mais n'est-ce pas faiblesse ?

Non. Jeanne, en sa prison, sur son bûcher, pleura.

(Un temps.) Je pleure; c'est pour lui, le ciel m'exaucera. S'il les voyait, mes pleurs !... Si ce père qui m'aime, Pour qui je souffre, hélas ! en vain, pleurait lui-même ! S'il savait, lui jadis le captif indompté, Que son fils a, pour lui, perdu sa liberté, Que j'avilis pour lui ma jeunesse sans tache, Que je baise, pour lui, la chaîne qui m'attache, Que, pour le rendre heureux, Français obéissant, Avec ma liberté, je donnerais mon sang!

(Remontant jusqu'au fond.) Oh ! que ce chant est doux!... Sous les voûtes bénies, En flots harmonieux montent les litanies, La prière imitant le flux et le reflux... Et ma voix à leurs voix ne se mêlera plus. (// revient en scène et s'assied, à droite, sur un des sièges

de bois sculpté.) La nuit descend ; nuit calme où la brise s'éveille, Où les étoiles d'or glissent sur la Merveille.

(Il s'assoupit, par degrés.) J'entends le cri du guet retentir sur les tours... Mon front s'appesantit... saint Michel, au secours ! (// s'endort un instant ; puis semble repousser quelque ennemi, en rêvant.) Non !... Ne me troublez pas... Souffrez que je sommeille. Je suis bien las.

(Un temps. — Une lumière éclatante tombe sur lui et l'enveloppe.) Quelle est cette clarté vermeille?

Quelles mains dans le ciel allument ce flambeau ? Que sa lumière est vive et que le ciel est beau !

une voix, venant d'en haut (i).

« Vous qui pleurez sans espérance, Consolez-vous : Dieu va venir ; Je suis la paix et l'avenir, Je suis la sainte de la France.

Espérance ! »

Gérard, se levant.

Qu'entends-je ? Cette voix si pure, d'où vient-elle? Est-ce un écho des cieux? est-ce une voix mortelle ? Quel vent souffle d'en haut sur mon front abattu ? Parle encore ! et dis-moi, dis, que m'apportes-tu ?

(i) Musique du R. P. Gondard.

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