SCÈNE VIII Les Mêmes, les patres, puis LE VIEILLARD
Grégoire, prenant la main de Christophe. En l'honneur de Robin, une ronde.
TOUS
Une ronde !
(Les petits pâtres, en rond, dansent et chantent le premier couplet de la chanson du Mousquetaire.)
C'est l'homme de guerre Qui s'avance au pas ; Danger ou trépas, Il ne les craint guère; Il ne les craint pas.
GRÉGOIRE
Qui va là ? (On s'arrête et on se tait; long silence.)
BENOIT
Qui va là?
Christophe, regardant au fond, ou dans la coulisse. Ce vieux...
AUBRY
Au moins cent ans.
BENOIT
Il marche tout courbé, sous ses cheveux flottants.
VINCENT
Sa main tremble.
CHRISTOPHE
Il trébuche.
l86 DRAMES FRANÇAIS
AUBRY
Oh ! que j'ai peur !
GRÉGOIRE
Peur ? Lâche !
De quoi ?
AUBRY
De lui... S'il est méchant et s'il se fâche...
VINCENT
Il ne se fâche pas; il souffre.
aubry, effrayé.
Allons-nous-en !
VINCENT
Un pauvre... Il vient de Dax ?
BENOIT
Ou de Mont-de-Marsan.
GRÉGOIRE
Ou d'ailleurs ; il faut voir.
(// s'avance vers le vieillard qui entre et descend jusqu'au milieu de la scène, appuyé sur un bâton.)
D'où venez-vous, bonhomme?
le vieillard, d'une voix douce et lente. De bien loin, mon enfant.
VINCENT
Qu'il est pauvre !
GRÉGOIRE
On vous nomme?
LE VIEILLARD
Mon nom ? J'avais un nom, jadis... Plus rien, hélas !
CHRISTOPHE
Un sorcier !
aubry, tremblant dans un coin.
Non, un fou ; j'ai peur.
LE VIEILLARD
Je suis bien las !
Puis-je me reposer sur ce banc d'herbe verte ?
Grégoire, vivement.
Faites comme chez vous : la maison est ouverte. (Le vieillard s'assied ; les pâtres figurants se groupent dans le fond ; ceux qui doivent parler sont à Vavant-