SCÈNE PREMIÈRE SOULANGES, TALHOUET
soulanges, descendant, une lettre à la main. Vous partez?
(i) Le fait qui sert de thème à cette pièce a été dramatisé par E. Ourliac, dans un récit des Contes du Bocage. Nous nous sommes inspiré de cette charmante nouvelle, sans toutefois accepter ni suivre les mêmes données.
Sombreuil, fait prisonnier, put, lui aussi, comme notre héros, s'éloigner de Quiberon, sur sa parole. (Cf. Crétineau- Joly, Histoire de la Vendée militaire.) — Il y eut un émigré, nommé Charles-Louis de Loc-Maria, né en 1760, capitaine dans Rolian, tué à Quiberon. Nous avons emprunté son nom, sans prétendre le personnifier dans le héros de ce drame. (Cf. Revue de Bretagne et de Vendée.)
TALHOUET
li le faut.
SOULANGES
Cette nuit ?
A l'instant.
SOLH.ANGES
Malgré ïe vent qui gronde et l'ombre qui s'étend ?
TALHOUET
Qu'importe !
SOULANGES
Etes- vous seul?
TALHOUET, SOuHant,
Seul... avec mon courage.
SOULANGES
Attendez.
TALHOUET
Je ne puis.
soulanges, l'attirant près de la fenêtre. Écoutez.
[Roulements lointains de tonnerre.)
TALHOUET
C'est l'orage.
SOULANGES
C'est la mort qui ce soir vous menace au chemin.
talhouet, lentement.
Qu'elle vienne ce soir, ou demain...
Ou demain ?
Qu'avez-vousdit?
TALHOUET
Rien. . . rien : mais dans ces jours de honte,
De défaite, de sang, marquis, la mort est prompte ; Elle nous met sans cesse aux flancs son éperon. Je suis soldat ; j'étais hier à Quiberon.
SOULANGES
Vous?... Et mon fils ?...
talhouet, vivement.
Holà! quel bruit.
SOULANGES
C'est le tonnerre.
(Roulements plus rapprochés. Talhouet s'accoude à la fenêtre entrouverte. Soulanges ouvre un tiroir et s'avance vers Talhouet.)
Prenez du moins...
TALHOUET
De L'or?... On paie un mercenaire.
SOULANGES
Mais un ami...
TALHOUET
Jamais, marquis ; gardez cet or.
Votre nom ?
TALHOUET
Un proscrit, frères d'armes d'Hector.
SOULANGES
Vous l'avez vu?
TALHOUET
Souvent.
SOULANGES
Et vous l'aimez?
TALHOUET
En frère.
soulanges, suppliant.
Courageux comme lui, comme lui téméraire, Messager de bonheur, choisi par mon enfant, Demeurez sous mon toit.
TALHOUET
Mon devoir le défend ; Il me faut retourner...
SOULANGES
En Hollande?
TALHOUET
En Hollande.-... Plus loin... plus loin.
(Se rapprochant de la fenêtre.)
Ce feu, dans la nuit, sur la lande, Voyez-vous?
SOULANGES
Un éclair.
TALHOUET
Non, il s'allonge au vent.
SOULANGES
Les ennemis peut-être...
TALHOUET
Il s'éteint. En avant !
Adieu, marquis.
soulanges, lui serrant la main.
Que Dieu vous conduise et protège.
TALHOUET
J'ai pour arme sa foi, son ange pour cortège ; J'irai malgré l'orage, et...
SOULANGES
Reviendrez-vous?
talhouet, triste, remontant jusqu'au fond.
Je ne reviendrai plus.
soulanges, remontant.
Votre nom, votre nom !
TALHOULT
L'ami de votre Hector et son compagnon d'armes, Messager de la joie, avant-coureur des larmes.
SOULANGES
Qu'entends-je ?
talhouet, redescendant avec Soulanges.
Allons ! votre âme es le sais ;
Vous êtes gentilhomme et vous êtes Français. Vous avez vu naguère, et presque à la même h^ure, Votre fils et son fils quitter votre demeu L'un tomba sous les coups des Bleus : vc us le pleurez...
soulanges, inquiet.
Mais l'autre... mais Hector ?
talhouet, montrant la lettre que tient Soulanges. Lisez, vous le saurez.
Il est digne de vous, monsieur, et de son père.
soulanges Mais faut-il que je pleure encore? ou que j'espère ? Qu'apportez-vous ?
talhouet, remontant vivement.
L'espoir ; peut-être les reg.ets.
Adieu.
(// s'élance au dehors.)
soulanges Par Dieu, de '-race, expliquez vos secrets... Il s'enfuit!