‹ Drames françaisChapitre 86 sur 137 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SOU LANGES, seul.

Quels soupçons ! quel étrange présage ! Est-ce un deuil qui se cache aux plis de ce message ? Quelle énigme mes yeux y vont-ils découvrir ? Je tremble... Oh ! mon cœur bat... et ma main n'ose ouvrir. (Après une pause il brise le cachet et lit.)

Maastricht, 21 juillet.

« Tout va bien. J'ai repris un engagement à Stade, et j'attends.

« On parle d'une descente probable et prochaine sur les côtes de notre Bretagne.

« Adieu : qui sait ? peut-être à bientôt.

« Tout à vous et à la France.

« Hector. »

Mon enfant est vivant ; et sa foi magnanime

Aux combats de demain se prépare et s'anime ;

Il croit à l'avenir, et songe à nous venger ;

Mais à Maëstricht, là-bas, sous un ciel étranger.

Ah ! pour rester Français faut-il donc qu'on s'exile ?

L'honneur, le vieil honneur, n'a plus môme un asile

Sous nos autels détruits, sur nos tombeaux brisés,

Ni derrière ces murs bâtis par les Croisés.

Hélas ! dans nos châteaux, reste épargné des flammes,

Des vieillards, des blessés, des orphelins, des femmes,

Attendent, à l'abri. d'inutiles blasons,

La mon de l'échafaud ou la mort des prisons.

Plus d'hommes ; plus un prince et plus une âme entière :

Louis Dix-Sept est mort ; et depuis Robespierre,

Vingt autres scélérats trônent sur son cercueil.

La France est sans boussole : et quel sera l'écueil ?...

L'écueil c'est Quiberon : l'on s'y heurte avec rage ; La noblesse en ce choc sanglant a fait naufrage : Plus de bras à la barre et plus à l'aviron. L'équipage a sombré... L'écueil c'est Quiberon.

(Un temps, roulement de tonnerre.) Pauvre Hector! en Hollande. — Et là sur nos falaises, Ramenés de l'exil par des voiles anglaises, Hier, mouraient noyés sous un flot de bourreaux, Nos frères, nos amis, nos martyrs, nos héros ; Glorieuse phalange et sublime hécatombe.

Dont notre Quiberon va devenir la tombe. Leurs corps jonchent le sol qu'ils devaient conquérir ; Oh ! que n'étais-tu là, mou fils, pour y mourir !

(// tombe sur un fauteuil ; silence.) Mais non ; l'honneur estsauf, perdrons-nous l'espérance? Non ! mon Dieu !.... mon pays a toujours nom la France.

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