‹ Drames françaisChapitre 95 sur 137 · SCÈNE XI HECTOR, HENRI, KÉRADEC, L'abbé, puis SOULANGES · texte numérisé non relu

SCÈNE XI HECTOR, HENRI, KÉRADEC, L'abbé, puis SOULANGES

hector, joyeusement.

Je suis frais et dispos.

KÉRADEC

Vraiment !

1 l'abbé

Après six jours de lutte et de souffrance !

HECTOR

Prêt à recommencer, pour l'honneur et la France.

Un soldat, n'est-ce pas? se repose au tombeau?

KERADEC

Hector, votre âme est haute et ce langage est beau.

Bah!

KÉRADEC

Votre eceur au mien rend la vie et la flamme ; Je renaii aux vieux jours que je pleure et réclame ; J'entends mes compagnons d'enfance et de combats, Ceux que j'ai vus mourir, ceux qui dorment là-bas, Sur le Rhin, en Vendée, à Chollet, à Mortagne, Peut-être à Quiberon, près des flots de Bretagne; Ils m'accusent, là-haut, de survivre aux derniers.

temps.)

Qu'est devenu Sombreuil, Kergariou?...

HECTOR

Prisonniers.

J'étais près de Sombreuil à la suprême aurore. Quand Penthièvre arbora le drapeau tricolore, Il s'élança d'un bond, la baïonnette en main; Il court; aux rangs des Bleus il nous fraye un chemin. Oh ! je le vois encore, avec sa haute taille Dominant d'un regard vengeur leur valetaille, S'escrimant des deux bras, frappant, hachant, sabrant, Escorté des débris de Loyal- E migrant, Que son exemple entraîne et que sa voix embrase; Puis montant à pieds joints sur les morts qu'il écrase, Sombreuil, les yeux au ciel, insultant au vainqueur, Cria : « Vive la France ! » en nous montrant son cœur. Ah! quel jour!... L'ouragan nous lançait ses rafales Et les clairons des Bleus leurs charges triomphales ; Mais nous, bravant le feu de leurs vingt bataillons, Dressant contre le vent nos drapeaux en haillons: Rouges jusqu'au genou, fiers malgré nos défaites, Nous allions à la mort comme on marche à des fêtes;

Tous, officiers, soldats, vieillards, adolescents;

Les Bleus étaient dix mille et nous étions huit cents.

Tout d'un coup, un cri part : « Rendez-vous! bas les armes!

Mon cœur battit ; mes yeux se gonflèrent de larmes ;

L'angoisse me saisit : un siècle se passa :

Quand vers notre Sombreuil leur Hoche s'avança.

« Rendez-vous! » nous criaient ces gueux pleins d'insolence.

Sombreuil debout, fiévreux, attendait en silence :

Mais, nous voyant blessés, exténués, mourants,

Il dit : « Je paierai seul pour tous, si je me rends.

— Soit, dit Hoche; un pour tous. — Jurez-le. — Je le jure.

— Bien ; ma vie est à vous ; épargnez moi l'injure. Mon corps à ma patrie et mon àme à mon Dieu. » Et de sa main montrant le ciel, il dit : « Adieu », Courba le front, pleura, baisa sa noble épée Toute rouge du sang dont il l'avait trempée.

[Rentre Soulanges.)

Mais moi, près du héros qui pour tous doit périr, De rage et de douleur je me sentais mourir.

henri, saisissant la main de son frère. Hector!...

SOULANGES

Et nos amis. La Noue et La Moussaye?

HECTOR

Morts.

De Philibeaucourt, de France, de Saussaye?

HECTOR

Morts.

SOULANGES

De La Barre?

HECTOR

Mort.

KERADEC ET SOULANGES

Et Champclos, d'Hervilly, La Jaille?

HECTOR

A Quiberon. Aucun d'eux n'a failli.

l'abbé De Saint-Aulaire?

HECTOR

Mort.

KÉRADEC

Préville? De Saint-Pierre ?

HECTOR

J'ai vu tomber Préville à côté de Bavière.

SOULANGES

Soulanges, mon parent; peut-être le dernier De mon nom.

HECTOR

Prisonnier.

KÉRADEC

Talhouët?

HECTOR

Prisonnier.

SOULANGES

De Lamoignon?

HECTOR

Sauvé par une barque anglaise.

KÉRADEC

De La Voltais !

HECTOR

Frappé sur le corps de Mélaize ; Amis jusqu'à la tombe.

L ABBE

Oh ! vrai peuple martyr.

SOULANGES

Mais toi, mon pauvre enfant, ils t'ont laissé partir?

hector, souriant.

Oui, je vous suis rendu grâce à leur indulgence.

Nous nous préparerons ensemble à la vengeance ; Et s'il me reste encor quelques jours d'avenir, Je veux à vos côtés les vendre et les finir.

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