SCÈNE X Les Précédents, HENRI, DOMINIQUE
henri, entrant par la gauche au fond, et courant vers
Mon frère !
HECTOR
Henri !
HENRI
Quoi ? vous !...
hector, souriant.
Moi-même.
HENRI
O frère ! ô joie !
SOULANGES
Fraternels orphelins !
(// remonte avec Kcradec et l'abbé, et s'entretient avec eux pendant la scène qui suit. Henri et Hector sont au premier plan; Dominique vers le fond à gauche.)
HENRI
C'est Dieu qui vous envoie.
(Une pause ; puis tristement.) Que vous êtes changé !
HECTOR
J'ai vieilli de trois ans.
Tant de soucis passés, tant de chagrins présents, La guerre, tout enfin, nous vieillit, nous transforme.
HENRI
Et puis vous n'avez plus votre bel uniforme ; Le feu vous l'a noirci.
Je l'y menais souvent.
Mais sous ce drap usé, le cœur est bien vivant : Aux jours d'inquiétude, aux soirs d'angoisse amère, Je songeais à vous tous, à mon père, à ma mère ; Et d'un élan nouveau ce cœur battait encor. henri, attirant son frère vers la droite, à l'avant-scène. Je rêvais à l'instant.
HECTOR
"De qui ?
HENRI
De vous, Hector.
J'allais, cueillant des fleurs pour vous, sur notre lande : Soudain, je vous ai vu : vous veniez de Hollande ; Je vous tendais les bras et vous m'avez souri. Alors, baissant les yeux, vpus m'avez dit : « Henri, Adieu. »
hector, ému.
Frère !...
HENRI
J'ai pris mes genêts, ma bruyère, Et j'ai noué mes fleurs à votre boutonnière : Vous pleuriez; et plus bas vous répétiez : « Adieu. »
HECTOR
C'était un cauchemar.
HENRI
Oui, bien triste.
hector, à demi-voix.
Mon Dieu!
HENRI
Je voulais vous répondre et j'étais sans paroles. Mes fleurs se flétrissaient et leurs pâles corolles Prenaient entre vos deigts une couleur de sang. Vous me disiez toujours, d'un ton plus caressant : « Adieu ! » Le vent soufflait du côté de la grève ; Nos grands chênes craquaient sous la foudre...
HECTOR
Quel rêve !
Mais surtout n'y crois pas.
HENRI
Non... Qu'il m'a fait souffrir !
Quand tout à coup j'entends mes rideaux s'entr'ouvrir; Mon front était brûlant; un souffle ami l'effleure!
Dominique disait : « Il est là. »
(Regardant Hector, qui se couvre le visage de ses deux mains.)
Mais il pleure!
HECTOR
On pleure de plaisir.
(Soulanges, Ke'radec, l'abbé, s' approchant d'Hector.) soulanges, à Hector.
Qu'as-tu donc ?
HENRI
Oh! jamais, Je ne rêverai plus, non. Je vous le promets. Pardonnez.
hector, souriant.
De grand cœur.
soulanges, à Dominique.
Viens et dis qu'on s'assemble; Tous nous avons souffert, soyons heureux ensemble. Mon enfant a besoin de force et de repos ; Nous, de bonheur. Allons.
(// sort avec Dominique.)