ACTE TROISIÈME
enfantillages? Si nous ne sommes pas désabusés, quand le serons-nous, mon cher? Gomment n'astu pas encore vu la vanité de tout cela? Tous les trois, nous avons mené une jeunesse sage; car nous avions une œuvre à faire. En conscience, voyant le peu que cela rapporte, pouvons-nous songer à conseiller aux autres, qui n'ont pas d'œuvre à faire, les mêmes maximes de vie? La moralité doit être réservée pour ceux qui ont une mission comme nous. Celui qui occupe un rang à part dans l'humanité doit s'imposer, en retour de ses privilèges, des devoirs austères, un genre de vie astreint à des règles difficiles. Mais les pauvres gens, les gens ordinaires, allez donc! Ils sont pauvres, et vous voulez que, par-dessus le marché, ils soient vertueux! C'est trop exiger. Eh mon Dieu! leur part n'est pas la plus mauvaise. Il n'y a que les simples qui s'amusent. Or s'amuser est une manière inférieure, une manière réelle pourtant de toucher le but de la vie. Si Thomme n'existait pas, les formes les plus élevées de l'ado-
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ration sur notre planète eussent été les jeux des dauphins, le tourbillonnement folâtre des papillons, le chant des oiseaux. L'amour est la perle pour laquelle on donne tout le reste; or Famour n'existe guère que pour le peuple. Le plus grand prince, avec tous ses trésors, ne saurait acheter l'amour que Tartisane, la villageoise donne gratis au jeune artisan ou au jeune villageois. Les gueux ne s'aiment qu'entre eux. Le peuple doit s'amuser; c'est là sa grande compensation. Un peuple gai est le meilleur des peuples. Ce qu'un peuple donne à la gaieté, il le prend presque toujours sur la méchanceté.
GOTESCALC.
Vous ne croyez donc pas que des sociétés de tempérance sauveraient le monde des dangers qui le menacent?
PROSPERO
Mais c'est là une véritable indignité. Priver les