SCÈNE IL
LES MÊMES, PROSPEtlO, sous le nom d'ARNAUD, HILARIUS, GOTESGALC.
Prospero et ses deux disciples circulent inconnus dans la foule et causent entre eux à voix basse.
PROSPERO
Nous sommes ici peu populaires; mais ces bourgeois sont gens tranquilles, évitons de les
émouvoir. Plus on remue d'idées fortes et neuves, plus il faut de précautions pour ne pas troubler le peuple. L'ambition perd tout. On eût proposé à Platon d'être le président de sa république qu'il se fût récusé. Il eut bien plus de plaisir à l'écrire qu'il n'en aurait eu à la gouverner.
HILARIUS
Vous ne voulez donc pas de la vérité pour le peuple?
PROSPERO
Pardon! mais la vérité du peuple, c'est celle qu'il se fait à lui-même. Le peuple a besoin à la fois d'illusions religieuses et de beaucoup d'amusements.
GOTESCALC.
Mais ces danses, ces privautés sont d'une moralité douteuse. Il faudrait pourtant songer à mo raliserles masses. Il n'y a que cela de sérieux.
PROSPERO
A notre âge, Gotesc'alc, peut-on dire de pareils