SCÈNE III
LES MÊMES, PROSPERO, sous le nom d'ARNAUD.
Arnaud entre, Brunissende lui tend la main.
LE PAPE
Arnaud, l'Empire et l'inquisition, les nobles de Milan et le peuple de Milan, sans parler de la baronne de Saint-Gerbonet, demandent en même temps votre tête. Pourquoi donc le monde entier est-il ainsi soulevé contre vous? Tous les autres docteurs ensemble ne me donnent pas autant de souci que vous.
PROSPERO
C'est qu'ils travaillent sur des abstractions vides, et, moi, je travaille sur des réalités. Je n'étudie que des faits, et j'en tire des manipulations, des pratiques, et c'est ainsi que j'ai pu ajouter un ordre d'opérations à celles de l'antiquité. La nature ne distille pas; moi, je distille. D'autres feront
bien plus après moi. De siècle en siècle, la nature sera mieux connue, et on trouvera pour agir sur elle des moyens plus puissants.
LE PAPE
Mais les autres docteurs n'entreront pas dans tes idées ; la foule ne les comprendra pas, elle les transformera en fable. Tu n'auras ni l'Église, ni rÉcole. Le peuple t'est refusé à jamais. De quoi vivras-tu?
PROSPERO
D'abord des miettes qui tombent de ces deux grandes tables bien servies. Gomme nous sommes sûrs d'avoir raison, nous sommes facilement humbles. Nous laisserons aux docteurs scolastiques leurs prébendes et leurs aumusses fourrées d'hermine. Puis, dans des siècles peut-être, l'École nou? appartiendra.
LE PAPE
Et l'Eglise?