ACTE CINQUIÈME
PROSPERO
Ah ! c'est tout différent ! L'Église et nous, nous partons de principes absolument contraires. Nous concevons la nature comme une série de phénomènes, si bien liés entre eux, que l'homme, au bout d'études suffisantes, doit pouvoir arriver à reproduire chacun d'eux. L'Église, au contraire, repose sur une révélation censée faite successivement aux juifs, aux chrétiens, à la communauté des fidèles, tout le long des siècles. Nous ne savons pas ce que c'est qu'une révélation, n'en ayant jamais vu, et, si nous en avions vu quelqu'une, nous renoncerions sur-le-champ à notre philosophie de la nature. Le mir|cle, la révélation, en effet, supposent entre Dieu et l'homme des rapports surnaturels où Dieu agirait comme quelqu'un de déterminé. Or une telle hypothèse est entièrement gratuite; il n'y a pas un seul fait prouvé qui y mène. C'est une fiction, et non pas une hypothèse.
LE PAPE
Vous ne différez pas alors des païens, des philosophes anciens, éclairés par la seule raison.
C'est cela même. Nous sommes des anciens, nous revenons à la tradition des savants grecs ; nous cherchons avidement leurs livres, nous continuons la science, en la prenant au point où ils l'ont laissée.
LE PAPE
Vous n'admettez pas que l'Église ait fait faire à la science aucun progrès?
PROSPERO
Non, aucun. Le christianisme a sensiblement amélioré la masse humaine; mais il n'a rien appris à l'humanité; il n'a pas fait une seule expérience, et il a plus nui que servi à la conservation de l'ancienne tradition scientifique. Depuis le réveil intellectuel inauguré par la parole vive,