‹ Drames philosophiquesChapitre 157 sur 319 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

VOLTINIUS

Oh! lieux communs de la politique banale ! La division est une marque de vie et de force. L'ordre et la conservation dans le monde sont Fœuvre d*anarchistes repentants. Tout conservateur a pour ancêtre un bandit. Quand Hercule eut volé les bœufs de Cacus, il devint défenseur acharné de la propriété.

TITIUS

Il est dur d'être vaincu par des parvenus.

VOLTINIUS.

Oui; mais, pour être vainqueur, il n*y a qu'à savoir attendre. La roue de la fortune tourne de telle façon, qu'on ne peut ni en accélérer ni en retarder le rythme. Maintenant, la revanche est impossible; la défaite est certaine. Nous sommes plus avancés, plus civilisés qu'eux. Les questions •sociales existent plus pour nous que pour eux. La

perfection idéale des lois n'est pas la force; c'est le peuple censé arriéré qui est presque toujours le vainqueur. Une nation travaillée intérieurement par la maladie du progrès ne peut faire la guerre. Elle est comme un blessé qui a une cicatrice à \d^ jambe. En temps ordinaire, cette cicatrice n'est rien. Mais, si le blessé doit faire un exercice violent (et la guerre est la grande épreuve du tempérament d'une nation), la cicatrice se rouvre et l'infériorité devient sensible.

Et puis, entre Rome et nous, la partie n'est pas égale. Nous jouons le tout pour le tout. Si Albe est encore une fois vaincue, elle cesse d'exister. Il n'en est pas ainsi de Rome. Ne pas jouer tout son avoir contre un partenaire qui n'engage qu'une partie de sa fortune, n'est-ce pas le principe élémentaire de tout jeu?

TITtUS.

Vous raisonnez comme si les hommes n'étaient pas des êtres passionnés et instinctifs. Attendra

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