‹ Drames philosophiquesChapitre 16 sur 319 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ERCOLE

Voilà quatre ou cinq mille ans, dit-on, et peutêtre y a-t-il bien plus longtemps, que le monde est en train de se perdre, et pourtant il va toujours. Tout ici-bas tombe et se relève; la roue de fortune a pour habitude de tourner sans cesse.

ORLANDO

Oui , mais aussi combien s'y rompent le cou ! Le duc est un savant, un philosophe ; ces gens-là doivent rester dans leur bouge. Je crains que nous ne voyions la révolution du mépris.

EllCOLE.

Ah ! pas mal ! Les hommes, en effet, ne respectent que celui qui les tue. Quand le hasard leur donne pour souverain un sage, ils disent :« Fi donc ! quelle honte ! »

Ils passent. — Entrent en scène Griflfonetto, Ruggiero et quelques autres.

GRIFFONETTO.

On verra sortir de la boue des monstres comme on n'en a pas connu jusqu'ici.

RUGGIERO

Je ne crois pas aux monstres. Je n'en ai jamais vu.

GRIFFONETTO.

Et Galiban ?

RUGGIERO

Eh bien, Galiban était un monstre pendant qu'il était dans l'île magique. Maintenant, cette grande école de canaille populaire qui s'appelle Milan l'a bien formé. Il n'est plus qu'ivrogne et paresseux. Avec un pot de vin, on le tient en repos tout un jour. Ah ! qu'on civilise les monstres à jon marché!

Ercole et Orlando ont rejoint ce groupe. ORLANDO.

Et les scélérats, vous ne comptez pas avec eux?

RUGGIERO

Il n'y a pas de scélérats.

Tous éclatent de rire.

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