ACTE PREMIER
LIBERALIS
Tant mieux, si, par essence, ce prêtre ne pouvait être qu*un affreux meurtrier.
METIDS.
C'était le rite établi. Ce n'était pas plus absurde qu'autre chose. Cette vieille coutume était comme toutes les vieilles coutumes. Cela plonge si profond, qu'on n'en voit pas les racines ; cela monte si haut, que l'œil n'en atteint pas le sommet. La vieille coutume, c'est l'oracle obscur, à la fois absurde et divin. Ces énigmes antiques ont toutes leur pro* fonde sagesse. Il faut pour les fonctions divines et humaines des désignations claires. Le moindre doute énerve; le doute, c'est le mal. Si la sélection des hommes se faisait d'après le mérite, qui dé ciderait du mérite? Le sort est souvent plus éclairé que le suffrage; mais il en résulte des fraudes, des compétitions, des guerres civiles. Au contraire, tuer celui qu'on remplace, voilà qui est clair, fa-
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cile à constater; cela rend toute compétit'/jn impossible. Après tout, quoi de plus conforme h la loi générale du monde? La somme des jouissances 3st limitée; celui qui jouit tue celui qui ne jouit pas. On assassine toujours celui dont on hérite. Il est bon que l'ambitieux trouve devant lui quelque justice; cette justice, c'est qu'on se serve avec lui de la mesure qui lui a servi pour les autres. Après tout, nul n'est forcé de courir ces candidatures périlleuses. Qui fait appel à la violence ne clôt pas l'ère de la violence. On est renversé par la force au moyen de laquelle on a renversé les autres. Tout cela est assez conforme à l'équité singulièrement boiteuse qui préside aux destinées de cet univers.
LIBERALIS
Mais ne faut-il pas savoir gré à celui qui, au nom de l'inspiration du bien, proteste contre la loi féroce léguée par la barbarie, ou, si vous voulez, par les fatales nécessités des temps primitifs?