‹ Drames philosophiquesChapitre 165 sur 319 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

HERDONIUS.

J'étais présent à, la scène par laquelle Antistius mit fin à cette tradition de sang et d'horreurs. Le vieux prêtre Tetricus, voyant les goûts de réforme dont le jeune Antistius faisait montre en Uîute occasion, l'avait mis sur la liste des victimes dévolues à Jupiter Latiaris. Antistius résista les armes à la main (moi, je trouve qu'il eut raison), battit les pourvoyeurs de victimes, prit d'assaut le temple, mit Tépée à la gorge de Tetricus. J'étais là; j*ai tout vu. Il n'avait qu'à enfoncer la pointe de la largeur de deux doigts, il était prêtre légitime. Il ne voulut pas. « Vis, dit-il, vieux prêtre infâme; c'est en te pardonnant que je veux supprimer ton rite sanglant. » Tetricus mourut de rage quelque temps après, et le peuple mit en sa place Antistius.

Ah! le digne homme! cela ne lui servir^

pas de grand*chose. Il n'a pas tué. Rien né vaut la désignation du sort, selon les règles reçues. La légitimité est le pôle de la religion. Le mérite importe peu. Le signe extérieur est tout.

ADTRE HOMME DU PEUPLE

Oui,Antistius est un excellent homme ; mais tout ira mal tant qu'il sera prêtre de Nemi.

AUTRE

Vit-on jamais, en effet, un prêtre de cette espèce? Il rêve, il a l'air de prier de cœur. Les dieux n'entendent pas le cœur ; les dieux ne tiennent compte que de la bouche et des formules établies. Je me demande si Antistius les prend au sérieux.

AUTRE

Ah! voilà, la question. Croit-il? On dit qu'il fait faire les basses prières par Sacrificulus, son acolyte. Sacrificulus a bien l'air d'être chargé de croire pour lui.

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