ACTE DEUXIÈME
la patrie, à l'honneur, au devoir, ne saurait être caduc. Vouée par ta naissance illustre aux fonctions constitutives de la société latine, tu te dois à ces fonctions. Les dieux à qui tu as fais tes vœux n'existent peut-être pas ; mais le divin existe ; tu lui appartiens. Que dirait-on le jour où la vierge sacrée du Latium passerait à la destinée commune et perdrait son auréole de virginité. Moi qui suis prêtre, je le suis pour toujours. J'ai le droit, j'ai le devoir même de faire faire à la religion tous les progrès qui sont possibles sans la détruire. Mais je ne dois pas cesser d'être prêtre. On ne verra pas Antistius dans un autre rôle que celui de maître des choses sacrées. Ni toi, sibylle, on ne doit te voir profanée. Les nécessités de la patrie ont fait de toi une folle. Ceux qui savent ne s'arrêtent pas à ta feinte folie. L'être consacré aux dieux est inguérissable. Ta beauté aurait pu inspirer l'amour ; tant pis ! il faudra que tu goûtes la mort sans avoir inspiré d'autre sentiment que celui de la terreur.
CARMENTA
0 masque insupportable! Pardonne si je veux quelquefois goûter la me, la réalité. Je mourrais iDien volontiers pour la vérité que tu enseignes; mais comment se fait-il que toi, si consciencieux, si véridique, tu me fasses mentir?
ANTISTIUS
Non, non. Je ne t*ai jamais fait dire que la vérité, te monde est conduit par les prophètes, par ceux qui savent voir les effets dans les causes. La sibylle n'a jamais menti; elle ne s'est jamais trompée. La sibylle est la voix du Latium, le guide de la race latine, la révélatrice de ses destinées. Or chaque race crée sa destinée; en la créant, elle la voit et l'affirme. Le fort ne se trompe pas en affirmant sa force, ïâ le clairvoyant en affirmant qu'il voit clair.
Gontentiple là-bas, par-dessus les bords de la coupe du lac, le port d'Antium et tout ce inonde que