‹ Drames philosophiquesChapitre 193 sur 319 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

baigne la mer. La barque des Phéniciens nous apporte des jouets ; les trirèmes helléniques quelque chose de meilleur. Mais la force, d'où viendrat-elle ? Qui donnera à ces efforts désordonnés du monde vers le bien une hache et une épée? Oui, je crois à ma race. L'Italie, un jour, sera latine, et le monde obéira à l'Italie.

CARMENTA

Quand cela arrivera, je serai oubliée. Personne ne se souviendra de la pauvre Garmenta.

ANTISTIUS

Sûrement. Tu voudrais donc que le prophète fût immortel, comme son oracle. Tu ne seras pas plus maltraitée que les millions de créatures que la nature sacrifie à ce qu'elle fait de grand.

CARMENTA

Mais tu dis souvent qu'Albe est finie et i^ne cet

324 LE PRÊ-TRE DE NEMl.

antique tas de lave qui forme nos montagnes verra sa gloire transplantée ailleurs.

ANTISTIUS

Oui; il y a dans les races privilégiées de ces transferts. Albe mourra; mais Rome vivra et fera ce qu'Albe aurait dû faire.

CARMENTA

Quand je dis cela dans les vers que tu sais, je vois aux yeux de ceux qui m'entendent des éclairs de colère.

ANTISTIO.^.

L'homme est passionné pour une cause, parce qull ne voit pas l'ensemble des choses humaines.

CARMENTA

Père, quand je suis avec toi et que j'entends ta parole, où je sens qu'est la vie, quoique je ne la comprenne pas toujours, je suis prête à tous les sacrifices, et j'accepte ma destinée, bien que dure.

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