ACTE TROISIÈME
désordre est partout, et la faute, en dernière analyse, est à nous.
Malheur à l'aristocratie qui envisage ses vieux litres comme un droit au repos ! Nous sommes aristocrates non pour jouir, mais pour oser. Il faut sauver Albe, et, pour la sauver, il faut la jeter en pleine eau, l'obliger à faire ce qu'elle ne veut pas, agir virilement. La guerre est le seul moyen d'étouffer les questions sociales. La guerre assure son rang au brave, à celui qui, par droit, est chef de la société. La guerre est le vrai critérium du droit. Elle rend au courage son avantage sur le nombre. Elle montre la nécessité de la vertu.
VOLTINIUS.
De la guerre contre qui veux-tu parler?
UETIDS.
De la guerre contre Rome, évidemment. Albe n'en connaîtra plus d'autre.
VOLTINIUS.
Et pourquoi engager une telle guerre?
METIDS.
Parce que nous avons été vaincus. Le principe qui fait une nation est un principe de fierté, de haute affirmation de soi-même, d'orgueil, si l'on veut. Une nation humble est vite punie.
VOLTINIUS.
C'est donc quelque chose de bien grossier qu'une nation?
METIDS.
Oui. Avec la collection des qualités qui font ce qu'on appelle une grande nation^ on composerait rindividu le plus haïssable. Une nation est un animal de gloire; elle se repaît de gloire; elle en vit. Une nation vaincue n'existe qu'à demi. La revanche est le devoir permanent d'une nation. Si Albe attend dix ans encore, elle sera finie. Mieux