‹ Drames philosophiquesChapitre 207 sur 319 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le temple de Nemi.

• ANTISTIUS, en contemplation devant le lao.

Impossible de sortir de ce triple postulat de la vie morale : Dieu, justice, immortalité! La vertu n'a pas besoin de la justice des hommes; mais elle ne peut se passer d'un témoin céleste, qui lui dise: « Courage! courage! » Mort que je vois venir, que j'appelle et que j'embrasse, je voudrais au moins que tu fusses utile à quelqu'un, à quelque chose, fut-ce à la distance des confins de l'i^jfini...

LIBEKALIS entre brusquement.

Prêtre, l'heure d'agir est renue. Une faute a été commise sans nous; elle ne peut être réparée que par nous. La guerre contre Rome, en d'autres mains que les nôtres, serait la dernière des calamités. Aide-nous à limiter le mal. Mais d'abord

il faut vaincre. Les oracles sont dans ta main. Assure le peuple que les voix célestes, qui, jusqu'ici, étaient favorables à Rome, sont maintenant toutes contraires. Ces gens vont se faire tuer pour leur patrie ; il faut bien leur donner quelque raison de mourir.

ANTISTIUS

Comment veux-tu que je maudisse ceux que le génie du Latium bénit? Le devoir de mourir est toujours clair; il n'y a qu'à rester à sa place. Je saurai donner l'exemple.

LIBERALIS

C'est peu de chose. Les gens de ta sorte se croient en règle envers la société, quand, après avoir détruit dans la conscience humaine les mobiles ordinaires du bien, ils croient pouvoir se rendre le témoignage de n'avoir laissé aux hommes que de bons exemples de vie. Prends garde que ta sécurité à l'égard des dieux ne soit trompeuse.

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