ACTE TROISIEME. 3Û
Ta philosophie donne des motifs pour se laisser tuer; en donne-t-elle aussi pour tuer? Le devoir du soldat se compose de ces deux choses. J'estime peu une sagesse qui n'inspire du courage que pour recevoir la mort.
ANTISTIUS
Parmi ceux qui reçoivent et donnent la mort, il y en a si peu qui agissent par motifs ! Le bras de l'homme n'est roidi que par la passion. Il faut se faire des règles pour agir en loup avec les loups. Quant à ériger en haute morale ce qui est la négation de toute morale, c'est là un exercice pour lequel j'ai peu de goût. Laissez les gens se passer de principes; mais ne leur donnez pas des sophismes pour des vérités.
LIBERALIS
Ah ! prêtre "de Nemi, je te devine sous les plis de ta simarre. Je vois ce que sera l'avenir, s'il est livré à tes pareils. Le prêtre vêtu de lin, le guerrier vêtu de fer, séparés tous les deux de la société
civile, habitant l'un sa forteresse, l'autre son temple, seront incapables de s'entendre. Le prêtre, fier d'être le dispensateur de l'idéal, ne saura rien dire à celui qui expose sa vie pour la cité terrestre. Prêtre et patriote s'opposeront comme deux antithèses irréconciliables. Oh! limite fatale de la nature humaine ! Faut-il qu'on devienne odieux en devenant trop parfait, qu'à force de sagesse on se rende incapable de conseiller une femme, un soldat, un enfant! Ah! j'en viens presque à regretter Tetricus. Tu me dégoûtes du prêtre qui a trop horreur du sang. Ce n'est plus un homme.
ANTISTIUS
Suis les préjugés de la classe où le sort t'a rivé; moi, je suivrai la fatalité du ressort qui est en moi. On ne saurait empêcher la fleur qui naît en un lieu sombre de se tourner vers le soleil,
LIBERALIS
Au moins, surveille ton oracle, et accomplis