‹ Drames philosophiquesChapitre 212 sur 319 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

GANEO.

Mais sais-tu, Leporinus, que tu es un profond observateur. « On est brave par peur; on tue pour ne pas être tué. » Tu es très fort, vois-tu? Tout cela parce qu'il y a des aristocrates qui vous serrent et vous encadrent. Eh bien, Leporinus, dans ces sortes de situations, il n'y a qu'un parti à prendre, c'est de tâcher de faire battre son chef.

LEPORINUS.

Que me dis-tu là?

GANEO.

Quand on est bien décidé d'avance à se laisser battre, on ne court pas grand danger. Le vaincu, en général» n'est pas tué. Ce qui fait le danger, c'est l'obstination à vaincre. Tu n'es pas, je pense, du nombre des niais qui estiment heureux le vainqueur mort.

LEPORINUS.

Ma foi, non !

GANEO.

N'est-ce pas? Le vrai vainqueur, c'est celui qui se sauve. Vaincre, c'est ne pas se faire tuer.

356 LE PRÊTRE DE NEMl.

LEPORINUS.

Tiens, tiens!

GANEO.

On a !*air de supposer que le vainqueur mort jouit de sa victoire. Mais il n'en sait rien. Les honneurs qu'on rend à son cadavre, c'est comme si on les rendait à un tronc d'arbre. On dirait vraiment qu'il y a des champs Élysées pour les guerriers morts à la bataille. Mais il est si bien prouvé qu'il n'y en a pour personne!... L'immortalité de l'âme n'existerait donc que pour les militaires.

LEPORINUS.

C'est drôle. Oui, il faudra garder l'immortalité de l'âme pour les militaires. C'est embarrassant. On s'en tire en leur faisant de belles funérailles.

GANEO.

Ne trouves-tu pas que c'est la plus vaine des vanités?

LEPORINUS.

Oui. Mais on dit que les dieux aiment les braves.

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