‹ Drames philosophiquesChapitre 248 sur 319 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LE COMTE DE LA FERTÉ, à D'Arcy.

Ce qu'il y a d'insupportable, c'est de mourir pour une race de singes. Ce qui se passe est odieux, c'est surtout bête. Entendez-vous ces forfanteries de gens ivres, cet enthousiasme de badauds. Ils s'imaginent vaincre des armées sérieuses avec des gasconnades. On se croirait à Naples . Faccia féroce al nemico t Est-ce assez grotesque?

d'arcy.

Oui, à moins que ce ne soit admirable.

LA FERTÉ

Que dites- vous?

d'arcy.

S'ils sont vaincus, ce qui se passe n'aura été

qu'un amas de crimes, de sottises, d'impertinences. S'ils sont vainqueurs ...

LA FERTÉ

Mais c'est impossible. Pouvez- vous croire que le désordre, l'anarchie, la bassesse l'emportent sur l'ordre, la discipline, la raison ; qu'une vile canaille, en rupture de ban, triomphe de l'Europe civilisée? Aujourd'hui, c'est le crime; demain, ce sera la honte. Voilà pourquoi j'attends leur coup de hache, irrité, écœuré. J'ai vingt fois bravé la mort; sur un signe du devoir, j'irais à l'instant audevant d'elle. Mais une mort sordide, qu'on reçoit sans pouvoir la donner, commandée par les plus ignobles suppôts de la plus honteuse révolte... horreur ! Je ne croirais plus à la noblesse de mon sang, si je ne répondais à de telles injures par une protestation muette, par un acte de mépris.

d'arcy.

Je suis plus résigné que vous, cher compagnon

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