ACTE PREMIER
d^armes. Il faut attendre. Si, dans les douze ou quinze heures qui nous séparent de la mort, j'entendais un cri de victoire, je mourrais consolé. Le sentiment de la patrie, que nous avons créé, nous autres gentilshommes libéraux, mais auquel Tancien ordre social ne permettait de se développer qu'à aemi, acquiert peut-être en ce moment toute sa force. Ce que nous avons voulu, ce à quoi nous avons consacré notre vie, se développe sans nous et contre nous; il faut y applaudir quand même. L'inexorable loi qui gouverne les choses humaines fonde la justice avec l'injustice, le progrès de la raison avec la barbarie. Nous-mêmes, n'avons-nous pas été, à l'origine, les instruments irréfléchis du mouvement que nous voudrions maintenant arrêter ? Chacun obéit à sa nature. Pour moi, je suis toujours avec ceux qui aspirent à l'inconnu. La justice est en avant de nous, et non pas en arrière,
LA FERÏÉ.
Voa<4 voulez donc enlever à la victime sa der-
nîère consolation, le droit de maudire ses bourreaux ?
d'arcy.
Au contraire, je veux prouver à la victime qu'elle a toujours le droit de se consoler. Je le vois, dans les grandes pacifications de l'avenir, ce temple des victimes, où un même encens fumera en rhonneur de ceux qui donnèrent leur vie pour des causes opposées. Je vois ses coupoles dominant Paris, et chacun à son tour gravissant la colline, le front incliné au souvenir de ses ancêtres et l'œil rempli de pleurs.
LA FERTÉ
De vous à ceux qui croient à la Providence, je vois peu d'intervalle.
d'arcy.
Il y en a peu, en effet. J'ai été élevé dans ce collège, plein encore des souvenirs de M. Turgot ; je respirai, dès mon enfance, le parfum de