ACTE DEUXIÈME
l'homme. Il rappelle la vieille austérité de nos mères. Ce costume, devenu avec le temps le signe d'un ordre à part, était celui que portaient autrefois toutes les femmes respectées. Longue série de mères chastes, qui avez fait la noblesse de notre sang, je suis votre digne fille ; j'ai continué votre tradition à ma manière. La force d'une nation, c'est la pudeur de ses femmes. J'ai gardé mon vœu à la patrie, plus encore peut-être qu'à la religion, (suence.) Oui, je l'ai gardé. Il n'y a pas de vœu pour la croyance (on croit ce qu'on trouve vrai, non>ce qu'on désire); il y en a pour la règle de la vie. J'ai cru, je crois encore à ce qui dans la religion ne cnangera jamais; j'ai enseigné la règle à une génération qui sera un jour Tâme de la France. A vingt-quatre ans, j'ai rempli ma destinée. Bourreaux ineptes, faites votre ouvrage.
Je l'avoue, j'aimais la vie. Je l'ai trouvée bonne et savoureuse. Dieu fut toujours prodigue pour moi de lumière et de grâce. Il m'entoura dès ma nais-
sance d'êtres bienveillants. J'héritai de tout ce qu'il y eut de bon dans l'ancien esprit de la France, en le corrigeant par la sagesse du temps présent. J'ai connu les hommes les meilleurs et les plus grands de mon siècle. Aux jeunes filles qui m'entouraient, je n'ai donné que des préceptes de bienséance et de courage. Si l'œuvre de l'humanité est sérieuse, j'ai compté pour un bon anneau dans cette chaîne sans fin.
J'ai aimé une fois, j'en suis fière. Homme excellent! Quelle preuve il m'a donnée tout à l'heure de la hauteur de son âme ! Il pouvaic troubler mes dernières heures ; il a suffi d'un mot de moi pour qu'il m'ait permis de l'oubher dans ce suprême entretien avec Dieu, où l'âme ne doit pas être surprise. Pauvre D'Arcy! Comme il était digne de moi! Journées délicieuses que je passai avec lui chez M. Turgot, qui le prisait si fort, et dans la maison de mon père! Il m'aima tout d'abord, comprit ma réserve, admit parfaitement que les étroites règles dictées par des croyances