I ACTE DEUXIÈME
devenir peuple ou chercher à s'étourdir. Tel n*esl pas notre cas, chère amie. Nous avons acquis le droit, par les principes élevés qui ont présidé à notre vie, de ne pas nous repentir et de ne pas nous étourdir. Supporter le mal, accueillir le bien, voilà notre philosophie. La mort que nous allons subir dans quelques heures nous trouve résignés . Nous n'avons pas la prétention d'être au-dessus des jeux funestes du hasard. Pourquoi nous mettrions-nous au-dessus de ses rencontres bienveillantes? Rêve étrange que ce passage à travers la réalité ! Expiation ou perfectionnement selon les uns, farce lugubre selon les autres, pour nous résultat le plus haut de la vie de l'univers ! Nous n'avons point partagé les illusions de l'ascète. D'un autre côté, nous n'avons jamais laissé le faux sourire du libertin errer sur nos lèvres; pourquoi, à la dernière heure, partagerions-nous ses palinodies et ses terreurs? Vous pensiez tout à l'heure au ministère du prêtre ; ne suis-je pas un prêtre pour vous? Chère Julie, par l'ordre de la nature,
iSO L'ABBlilSSE DE JOUARRE.
supérieur à toutes les fictions des hommes, c'est, votre époux que je devaisetre. Des conventions dont nous voyions bien le caractère temporaire et relatif, mais que nous tenions pour les pierres d'angle d'un édifice social dont nous faisions partie, vous ont vouée ^ un célibat à quelques égards sacrilège. Cet état social n'existe plus. iVssignés pour une mort très prochaine, nous sommes libres ; |es lois établies en vue des nécessités d'un monde durable n'existent plus pour nous. Bientôt nous serons dans l'absolu du vrai, qui ne connaît ni temps ni lieu. Devançons les heures, chère Julie. Les jiommes nous tuent; profitons de leur arrêt; ne nous tenons pas pour obligés par leurs lois vaines et passagères ; ce sont eux-mêmes qui les abrogent pour nous. Ah ! qu'est-ce donc qui nous empêche de mourir de la joie de nos baisers?
JULIE
Que je voudrais être de ces femmes qui, près»