‹ Drames philosophiquesChapitre 264 sur 319 · D*ARCY · texte numérisé non relu

D*ARCY

N'est-il pas vrai, très chère, que voilà bien \é couronnement de notre vie P Votre pudeur est légitime ; elle est une des raisons pour lesquelles je vous aime. Mais écartez cette pensée que lamour soit une jouissance vulgaire ; écartez la distinction superficielle de l'âme et des sens. Qu'est-ce que l'âme sans le corps; et les sens, que sont-ils si ce n'est une intime communion avec l'univers? Le bien est le but de ce monde, et l'amour est l'expression intense du bien. Tout dans la nature nous dit : « Aimez-vous. » Qui le dit plus éloquemment que la mort? Supposez le monde à la veille

ACTK DEOXiËMK. 447

de finir, oui, je dis que l'amour seul devrait régner sans loi, sans limites, puisque ce qui limite et règle l'amour, le droit sacré de l'être qui en sort, n'aurait plus aucun sens. Le célibat de quelquesuns est la conséquence de la famille telle qu'elle est organisée. Votre vœu n'existe plus. Le lien que la nature avait créé entre nous deux dure seul ; il dure plus impérieux, plus absolu, plus unique que jamais.

IULtB.

Oh! lutte affreuse! D'Arcy, vous me forcez à vous haïr. Pourquoi ëtes-vous venu ?

Elle va vers la porte, la troure fermée.-

Laissez-moi, laissez-moi !

Elle tombe à genoux sur le bord du lit.

0 Dieu des âmes simples, pourquoi t'ai-je abandonné ? Qu'il en coûte de se faire dans Tordre moral une loi pour soi seul ! Restée fidèle b. la règle commune, je participerais à ces calmants de la dernière heure qui écartent les pensées profanes, les souvenirs amers, et font qu'on arrive au moment

448 L'ABBESSE DE JOUARRË.

OÙ l'ombre s'épaissit comme enivré par ce vin de myrrhe que les femmes de Jérusalem préparaient autrefois pour adoucir les derniers moments des suppliciés. Rites sacrés qui trompez les heures, onctions mystérieuses qui avez bien raison d'être inintelligibles, puisque vous parlez de l'inconnu, vous m'êtes refusées. Condamnée à voir les minutes se succéder avec une clarté inexorable, j'ai tué en moi l'inconscience. Tout à. l'heure, j'allais m'endormir dans la prière. D'Arcy, pourquoi m'avez- vous réveillée?

d'arct.

Le temps donn« au sommeil est perdu pour la vie. Vous voulez, à force de réflexion, revenir à la naïveté. Enfantillage vraiment! Si notre état intellectuel et moral était celui de tant d'âmes qui ont substitué la raillerie à la dévotion, la légèreté au sentiment profond de la vie, votre raisonnement serait juste. La mort est une heure fatalement sérieuse. A cette heure, l'homme frivole doit ou re-

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