CAMILLUS
Nos grands morts vont venir.
Camillus parcourt rapidement le bulletin.
« Paris, 1802... Bulletin littéraire : Atala,.. Bulletin politique. Marengo, Hohenlinden... »
Canonnade sourde dans lo lointain.
Même au pays des bienheureux, on veut encore entendre les bruits de la terre. Ces ombres immortelles de la Comédie-Française, qui ont accoutumé de se réunir ici pour s'entretenir des beautés éternelles, se fatigueraient de leur gloire et de leur paix, si, chaque jour, par l'ordre du Génie suprême, je ne leur apportais les nouvelles de
Paris. Ce que j'admire en ces esprits purs, c'est comme ils restent toujours eux-mêmes, et comme ils se transforment. Les siècles les grandissent, les rassérènent et pourtant les laissent ce qu'ils furent ! Moi qui les connais, je sais qu'ils rajeunissent. Ils aiment plus que jamais ce qu'ils aimèrent, et pourtant, l'horizon de leurs pensées s'élargit sans cesse. Ils appellent ceux qui doivent les continuer, ils semblent uniquement préoccupés de l'avenir. Qui sait si les vœux et les pressentiments des génies ne créent pas la réalité?.
Il s'éloigne. Voltaire et Diderot entrent et se promènent sur le second plan. Voltaire s'arrête près des livres déposés sur le banc de gauche et feuillette un petit volume en souriant. Corneille et Racine entrent en même temps, et s'assoient sur le banc de droite,
RACINE
Oui, cette génération nouvelle m*étonne, et je crois qu'en effet j'oublierai les excès d'il y a dix ans, cher Corneille, en souvenir des héros d'aujourd'hui. J'aimerai ce jeune siècle, sorti du sang et des larmes, et qu'un Dieu inconnu dirige peutêtre. Mais dites-moi, grande ombre chérie, n'êtesvous pas frappé d'une chose? Le siècle a deux ans, et ses destinées littéraires sont obscures en-
core. La vie, la chaleur, la lumière semblent s'être retirées de la langue que nous aimons. Cette stérilité ne vous e!Traye-t-eIle pas?
On eutend une canonnade et le chant :
En avant, marchons!
Par delà les monts, » Courons à la victoire I