IV PRÉFACE
soirée. Il ne faudrait pas que cet honnête divertissement disparût; mais il faudrait qu'il y eût quelque chose de plus. Pour le livre, à côté du volume destiné aux cabinets de lecture, il y a le livre dont le succès est d'être apprécié de quelques centaines de connaisseurs. Or, pour le théâtre, l'équivalent du livre aristocratique n'existe pas. La nécessité d'attirer, chaque soir, douze ou quinze cents personnes qui veulent être amusées, crée pour le théâtre une situation analogue à ce que serait celle de la librairie, si on ne pouvait publier un livre qui dût avoir moins de dix mille lecteurs. Un des arts les plus expressifs se trouve ainsi interdit à la haute pensée. M. Victor Hugo fut toujours à cet égard dans une sorte de crise. Il sentait la supériorité du drame, sa puissance incomparable, et son génie se refusait à en subir les mesquines exigences. Ce corset le gênait au point qu'il finit par le rejeter tout à fait. De là son Théâtre en liberté.
Les pièces qui remplissent ce volume ont de même été conçues à mille lieues de toute pensée de représentation scénique. La fête à laquelle on a osé, dans ces fictions, convier un public d'élite, est toute conceptuelle. Chacun fera les frais des décors et créera les acteurs à sa guise. Le sujet est toujours le même. Mon cher maître et ami le baron d'Eckstein avait écrit un drame dont il ne m'a jamais dit le sujet, qui commençait, avant le commencement du monde, par un entretien dans le sein de la Trinité. A défaut de ce dialogue-là, qui serait