‹ Drames philosophiquesChapitre 3 sur 319 · PREFACE. III · texte numérisé non relu

PREFACE. III

action, vivants, parlants, agissants. La philosophie, au point de raflinement où elle est arrivée, s'accommode à merveille d'un mode d'exposition où rien ne s'affirme, où tout s'induit, se fond, s'oppose, se nuance. On n'en est plus à perfectionner les règles du syllogisme, ni à fortifier les preuves de l'existence de Dieu ou de l'immortalité de l'âme. L'homme voit bien, à l'heure qu'il est, qu'il ne saura jamais rien de la cause suprême de l'univers ni de sa propre destinée. Et cependant il veut qu'on lui parle de tout cela. Une action dramatique vaut mieux, pour mettre en saillie ces doutes, ces demi-jours, ces audaces suivies de reculs, ces allées et venues de la pensée, que toutes les discussions abstraites. L'auteur du Livre de Job le comprit 700 ou 800 ans avant J.-G. La philosophie moderne aura de même sa dernière expression dans un drame, ou plutôt dans un opéra ; car la musique et les illusions de la scène lyrique serviraient admirablement à continuer la pensée, au moment où la parole ne suffit plus à l'exprimer.

On arrive ainsi à concevoir, dans une humanité aristocratique, où les gens intelligents formeraient le public, un théâtre philosophique, qui serait un des plus puissants véhicules de l'idée et l'agent le plus efficace de la haute culture. Un tel théâtre n'aurait évidemment rien de commun avec le théâtre actuel, succédané du caféconcert, où l'étranger, le provincial, le bourgeois ne cherchent qu'une manière de passer agréablement leur

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