ACTE QUATRIÈME. W
les princes, déchaînent le peuple, puis diseiil : ({ Le salut par nous seuls. » Quelle est votre force pour parler ainsi, esprits étroits qui, dans une révolution, comptez les carreaux cassés et refusez des alliés parce qu'ils n'ont pas les mains Dlanches ? Dans les moments de crise, il faut des collaborateurs très-variés. J'ai toujours pensé que, parmi lès dix mille Grecs de Xénophon, il y avait neuf mille farceurs. Oui sait si beaucoup de bonnes choses ne dateront pas du gouvernement de Caliban ?
Bntre Prospero.
PROSPERO, l'air calme et souriant.
Je vous remercie, messieurs, d'être venus témoigner, malgré des apparences qui vous font un mérite de la fidélité, que je suis toujours votre souverain. J'espère vous donner votre revanche et vous convoquer encore aune fête dans Milan. Alors je céderai la place à un autre ; car je vieillis, et ma préoccupation désormais doit être de meubla
76 GALIBAN.
ma mémoire des objets qui la rempliront durant toute l'éternité.
On entend dans l'air des sons rauques comme d'une harpe dont plusieurs cordes seraient cassées, ou d'un violon rapiécé avec des
ficelles. Ariel s'abat dans le préau du cloître, lourdement
comme un oiseau qui a traversé la mer. Il devient peu à peu visible et te montre abattu, éperdu, couvert de poussière,
ARIEL
0 mon maître, notre art est vaincu ; il est impuissant contre le peuple. Il y a sûrement dans le peuple quelque chose de mystérieux et de profond. Il dérange toutes les fantasmagories. Avec lui, plus de prestiges ; les esprits qui furent si puissants contre la flotte d*Alonzo ne peuvent rien contre le peuple. En vain, chevauchant sur les nuages, j'ai flamboyé, attisé les feux cachés en toute chose : rien n'a répondu. Figurez-vous les cloches du beffroi changées tout à coup en plomb au beau milieu du carillon. Et d'abord, ma musique n'a pas même été écoutée. Je chantais, personne ne m'entendait. Je remplissais, avec la