ACTE QUATRIÈME
plénitude de ton pouvoir, mes fonctions d'esprit docile ; il semblait que je fusse dans le vide. Le vide, voilà, seigneur, le milieu où je m'agitais. Il faut changer notre stratégie. Là où Caliban peut tout, nous ne pouvons rien. Nos armes ne portent plus, Autant vaut parler latin à une pierre que de jouer de la lyre à ces endurcis,
PROS-PKRO.
Le fait que tu dis est si étrange , que le connaître vaut un trône perdu.
Voici comme je Texplique. D*où vient que, par nos charmes, nous eûmes si facilement raison de nos adversaires de Tîle enchantée ? C'est qu' Alonzo et les siens étaient accessibles à nos charmes Ils s'y prêtaient, ils y croyaient. Quand Alonzo vit la tempête, il crut que les vagues parlaient, que les vents grondaient, que la tempête murmurait,
que le tonnerre, cet orgue profond et terrible, lui reprochait de sa voix de basse le crime qu'il avait commis contre toi. Le peuple n'admet rien de tout cela. Maintenant, les vents et les tempêtes pourraient siffler tous ensemble, cela ne ferait pas grand'chose. La magie ne sert plus de rien. La révolution, c'est le réalisme. Tout ce qui est apparence pour les yeux, tout ce qui est idéal, non substantiel, n'existe pas pour le peuple. Il n'admet que le réel. Quand il a dit : « Gela n'existe pas », tout est fini. Je tremble pour le jour où cette terrible façon de raisonner touchera Dieu. On le sommera de se montrer, et, si rÉternel y met de la dignité et reste fièrement derrière ses nuages, on le biffera du catalogue des existences. Quant aux droits des rois et dés ducs, je ne sais ce qu'ils vont devenir. Le peuple est positiviste. Pour être accessible à nos terreurs, il faut y croire. Que faire quand le peuple est devenu positiviste?
PROSPERO
Il faut tâcher que ce qui a été imaginatif de-