‹ Drames philosophiquesChapitre 56 sur 319 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

BONAGGORSO.

Oh! gardcz-Ie, monseigneur. Dès que les choses humaines tombent dans le peuple, le ridicule surabonde et le rire ne prouve plus rien. Le rire, en temps de démocratie, est un argument qui n'a plus de tranchant.

PROSPERO

J'ai quelque peine à vous entendre parler de la capacité et de la modération de Galiban.

BONACCORSO.

Mon Dieu, tout est relatif. Les hommes valent par leur situation, non par eux-mêmes. Galiban est l'homme de la situation; il nous sauve. En lui résistant, on l'exaspérerait.

PROSPERO

Eh bien, soyez sauvés.

ORLANDO ET ERGOLE.

Résistez avec nous, monseigneur.

Angiolino, Jacomino, Jaciuto s'approchent.

ANGIOLINO.

Monseigneur veut-il écouter ses humbles serviteurs? Qu'il cède. Pourquoi se sacrifierait-il pour des sots qui, après tout, sauf la mine, ne valent pas mieux que Galiban? Allez, monseigneur, nous les connaissons.

JACOMINO.

Oui, nous les connaissons. Pas un seul d'entre eux n*a voulu me nourrir pour les jouissances que je lui aurais données. Je ne demandais que la nourriture et le logement, et de quel logement je me serais contenté !

ANGIOLINO,

Ces gens-là vivent de nous. Ils n'auraient pas une pensée, pas un sentiment si nous n'étions là pour le leur exprimer. Nous leur ouvrons l'infini, nous leur vendons l'idéal, et ils nous jettent deux sous d'un air de supériorité. Sans nous, ils ne savent

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