‹ Drames philosophiquesChapitre 90 sur 319 · ACTE DEUXIÈME. Ui · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. Ui

LE PAPE, inclinant la tôta.

Lis-moi ce morceau.

LE CLERC

Collection des erreurs professées de vive voix ou par écrit par des hommes de notre temps^ entre lesquels nous ne citerons qu'un seuly vrai fils de Bélial, Arnaud, se disant de Villeneuve et Catalan. Dieu se hâte d'avoir pitié de lui pour qu'il s'amende! Sinon, qu'il périsse!

« Cet insensé ose dire que la médecine vaut mieux pour les hommes que les sacrements, et que le médecin qui s'expose à la mort pour procurer à ses semblables le salut du corps est supérieur au prêtre qui confère le salut de l'âme. Mais ce blasphème n'est rien auprès de ce qu'il annonce comme devant être un jour. Dans ses accès d'insanité, il prétend que les sciences du genre de celles qu*Aristote a traitées dans ses livres de la Physique, du Sens et du Sensible, de la Génération des animaux,

de la Génération et de la Corruption, seront un jour l'objet principal des recherches des hommes et qu'il en sortira de surprenantes améliorations pour le sort de l'humanité. Nuit et jour, il travaille en des fourneaux secrets, d'où il s'imagine que sortira l'or. Dieu donne l'or à qui il veut ! Ne fréquentant pas les bons docteurs, se plaisant au contraire à des entretiens frivoles avec des laïcs dénués de solides connaissances, il leur insulaue de folles idées, que ceux-ci répandent haulement, savoir qu'il existe une eau ayant les propriétés du feu, capable de ranimer les forces de l'homme le plus épuisé. Ils assurent que cette eau a été composée par leur maître au moyen d'évaporations subtiles faites dans un vase nommé alambic. Ceux qui en ont goûté, disent-ils, sont redevenus jeunes; la joie s'est emparée d'eux, ils ont eu des idées plus claires et plus puissantes ; des vieillards qui en ont goûté ont eu les mêmes désirs que les jeunes gens. »

Page 1