‹ Drames philosophiquesChapitre 98 sur 319 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE PAPE

D'Arnaud de Villeneuve, le premier docteur de notre temps. On dit qu'il fait de l'or.

BRUNISSENDE.

Cela doit vous toucher peu. Vous avez les indulgences.

LE PAPE

L*or est assurément la première chose de ce monde, puisque l'or est le moyen pour avoir tout ce que l'on désire. L'or ne suffit pas cependant. Il faut la vie et l'amour pour en jouir. Si l'on est vieux, à quoi sert l'or ? C'est comme posséder un tonneau de vin, sans soif pour le boire. Il importe donc que la vie des riches soit allongée et assurée. Pour les pauvres, c'est bien inutile, puisque leur vie n'a pas de valeur. Mais les riches, les arrivés, tout ne leur sert à rien s'ils ne vivent pas, s'ils ne sont pas bien portants. Un moyen de conserver la vie et la jeunesse est donc au moins aussi précieux qu'un moyen de faire de l'or.

BRUNISSENDE.

Ne pensez pas à cela. On a Tâge qu'on croit avoir.

LE PAPE

Gela vous est facile à dire. Croyez- vous que je ne remarque pas quelquefois les coups d*œil que vous avez pour le bachelier Waltherus? Avoir vingt ans, c'est plus que d'être pape.

BRUNISSENDB.

Allons donc! voilà vos idées qui vous reviennent. Qui a tiré un billet comme vous dans la loterie du monde? Être pape à une époque de totale corruption. Et maintenant, maître de tout, vous allez vous casser la tête contre une porte fermée ?

LE PAPE

Peut-être pas fermée, si Arnaud a raison.

BRUNISSBNDfi.

Que dit-il donc?

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