ACTE DEUXIÈME
LE PAPE
Il fait mieux que de dire. A force de chauffer et de réchauffer ses alambics, il a trouvé le vrai or, je veux dire une eau de Jouvence, une eau de feu dont une goutte rend les forces perdues, et qui du même coup prolonge la vie, assure des années de santé et de plaisir.
BRUNISSBNDB.
Fi donc! la médecine et Tamour n'ont rien à faire ensemble. Tristes soucis de vieillard, jamais vous ne m'apparùtes plus honteux qu'aujourd'hui. Quand on est vraiment jeune, on ne pense pas à la mort. Ah! vous me demandez si notre tour viendra ? Sotte question ! cela est trop clair ; c'est comme demander si le jour d'aujourd'hui aura un soir. La certitude que l'on possède à cet égard empêche-t-elle de jouir du soleil? Oui, nous les jeunes, nous détesterons toujours ces arts honteux de prolonger avec du lacet le ruban de soie de la vie. Le coup de ciseau de Lachésis est sans appel.
Béni soit-il à sa manière, puisqu'il nous préserve de mendier dans le palais dont nous avons été les maîtres, de traîner péniblement en esclaves le char qui nous porta.
LE PAPE
Goûtez votre ivresse tant qu'elle durera. Votre eau de Jouvence est en vous-même ; c'est votre jeunesse, votre beauté.
BRUNISSENDE.
Cela nous suffit. 0 vanité des pensées dites sérieuses ! Vous avez besoin de croire que votre plaisir durera toujours. Nous autres, nous ne pensons jamais à la fin. Je vous l'assure, la joie de vie qui est en moi ne gagnerait rien à ce que je la crusse éternelle. Qu'importe ! Le plaisir éternel est celui qui a eu, à un moment donné, toute l'intensité dont il est susceptible.
Le t>ape m tait.
Il lui donne un baiser. Tous deux se làyent, font quelques pas ensemble. Brunissende sort par la porte secrète; le pape, après quelque hés;'tation« rett*.