‹ Drames polonais d'Adam MickiewiczChapitre 12 sur 35 · E GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

E GÉNÉRAL

Nos convives se sont aussi confédérés contre nous. Ce n'est pas aimable, mais je n'y pense plus. Je ne conçois pas ce qui rend tout d'un coup ces Sarmates si fiers^ si dédaigneux. Ils ont lu la gazette d'hier. Ce n'est pas, il me semble^ le moment de narguer les Russes. Mais n*importe; nous sommes enfin vainqueurs; soyons généreux. Je leur pardonne leur mauvaise humeur, à vos pauvres compatriotes. Je ne jn'en fâche plus. Je publie une proclamation au nom de l'Impératrice, des grâces, des pardons. Rendons le bien pour le mal, une fois le pays pacifié.

LA C0MTE5FE.

Je suis enchantée de vous trouver dans cette disposition d'esprit. Je vous fournis l'occasion de faire preuve de sentiments généreux. Vous avez sans doute fait mettre en liberté le prisonnier pour lequel je vous ai écrit hier.

LE GÉNÊRIL.

Ah I non, pour celui-là non, on le fusillera ; mais ce sera la dernière victime. Non, c'est un homme trop dangereux.

LA COMTESSE

Qui ? Je vous parle du capucin. C'est un moine du couvent de mes domaines. On le connaît ici.

LE GÉNÉRAL

Mon docteur l'a examiné. 11 trouve, à ce qu'il parait...

LA COMTESSE

Toujours cet infâme espion de Courlandais. Ne vous a-t-il pas fait commettre assez de cruautés, ce vil dénonciateur?

LE G/tN^RAL.

Dénonciation ! cruauté ! Vous êtes singulière. Vous me con-

• — aXcî^

naissez pourtant. Suis-je cruel, moi? Toutes les fois qu'il ne s'agit pas du service impérial, quel plaisir aurais-je à être cruel? Croyez- vous que ce soit amusant de tirer des capucins? Ma foi, je préférerais abattre un daim dans les montagnes des Carpathes. Mais que voulez-vous, c'est la guerre, la nécessité. Pourquoi m'obligent-ils à sévir contre eux ?

LA COUTESSE.

A la bonne heure ! Faites donc la guerre aux soldats, mais fusiller des hommes tranquilles.. .

hK gén^:ral.

Je voudrais bien avoir l'honneur de faire la connaissance de ces hommes tranquilles; mais, jusqu'à présent, je n'en ai pas trouvé en Pologne. S'il tn a jamais existé en ce pays (ce dont je doute), la race en est perdue. Ici tout ce qui respire, conspire. Mon docteur a raison de dire qu'un Polonais, après avoir expiré, conspire encore au moins l'espace de vingt-quatre heures. C'est le pays des mauvaises têtes, depuis la tête rasée de monseigneur le Palatin, votre père, jusqu'à la tête chevelue du dernier des paysans qui aient jamais laissé flotter leur plique polonaise. Aussi, me voilà bienheureux d'avoir enfin...

LA COMTESSE

Tout le monde aime sa pairie.

LE GÉNÊnAL.

On ne les chasse pas de leur patrie. Qu'ils y restent, mais qu'ils se conduisent honnêtement, qu'ils obéissent à leur roi...

LA COMTESSE

Le roi Stanislas Poniatowski, que vous appelez vous-même votre homme d'affaires, homme de paille...

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