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LE GÉNÉRAL
Homme d'esprit. Il a pesé la puissance des deux Etats : celle de la Pologne se trouvant plus légère, le roi s'y résigne. Vos compatriotes auraient mieux fait de l'imiter, que d'entreprendre une guerre inutile, oui, inutile à eux, inutile à moi. Car je ne connais pas de métier plus triste pour un général que de combattre des troupes irrégulières, des partisans. Si l'on remporte une victoire, qu'est-ce qu'on trouve sur le champ de bataille? Pas un canon, pas un fourgon, pas un clou. Il n'y a pas de quoi remplir deux lignes de bulletin. Aussi, depuis que je fais cette chiffonnière de guerre, n'ai-je obtenu de l'Impératrice ni avancement, ni décoration, ni dotation. Sa Majesté m'ordonnait dans chaque dépêche d'en unir à tout prix, et cela ne finissait pas. Qu'y a-t-il d'étonnant si je m'irritais, si je m'emportais, si je sévissais? La peur rend cruel.
LA COMTESSE
Vous aviez peur? vous, vieux soldat?
LE GÉNÉRAL
Ce n'est pas pour ma vie que je craignais, mais pour ma réputation, pour mon avenir, pour mes vingt-cinq ans de service. Savez-vous que j'ai été sur le point d'être disgracié? Je craignais aussi pour vous. Vous savez que vos compatriotes ne vous aiment pas. Ainsi vous partagiez à votre insu mes dangers. Quand donc vous déciderez-vous à partager pour toujours mon bonheur?
LA COMTESSE
Vous voyez comme ma famille s'y oppose.
LE GÉNÉRAL
Le papa nous boude un peu. Soyez tranquille, nous l'appri-
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voiserons. I] ne sait pas encore l'importance de notre dernière victoire^ et déjà^ voyez^ la crainte ou la politique l'oblige à venir me voir, à m'inviter chez lui. Notre dîner d'aujourd'hui n'a pas réussi, n'importe; c'a été notre premier essai. J'ai invité le Palatin à venir ce soir prendre du thé chez moi. Nous recommencerons. Je serai poli, prévenant, même humble avec lui, vous l'assiégerez de vos caresses. Je ferai retentir de temps à autre des promesses, au besoin des menaces. Nous lui livrerons un assaut. Eh, allons, ça ira ! Un peu de gaieté. Je veux être gai, moi, je veux m'amuser aujourd'hui. Je ne veux plus entendre parler guerre ni politique d'ici à un mois. Je suis une recrue en semestre, moi, ha!
LA COMTESSE
Le prisonnier dont je vous ai parlé a été autrefois confesseur de mon père. Vous avez là l'occasion d'obliger mon père d'une manière délicate.
LE GÉNÉRAL
EncM-e ce capucin ! Bon, bon, qu'on ne m'en parle plus. Je vais écrire l'ordre. (Il cherche du papier.) Eh bien{iZ sonné), qu'on fasse venir le docteur ! Vous viendrez chez moi, n'est-ce pas?
LA COMTESSE
Il faut changer de toilette, ça m'ennuie. Je me sens si fatiguée.
LE GÉNÉRAL
Je vous attends ici. Nous irons ensemble. (La Comtesse sort,)
LE LAQUAIS
Le docteur. (Il sort.)
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