‹ Drames polonais d'Adam MickiewiczChapitre 28 sur 35 · LES MONTAGNARDS ET LES CHASSEURS · texte numérisé non relu

LES MONTAGNARDS ET LES CHASSEURS

Allons à Varsovie, — jusqu'à la mer.

PCLAWSKI {en buvant).

A votre santé! Mort aux B(usses! Cornemuses en avant. Entonnez la chanson de la reine Wanda. (Les chasseurs et les montagnards boivent et chantent). — {En montrant le Père Marc gui revient de la chapelle.) Voyez, voyez ce saint homme. G'est le Père Marc, l'aumônier de la Pologne militante ! Il nous apporte la bénédiction du Pape.

LES CHASSEURS ET LES MONTAGNARDS

Le Père Marc! le fameux, Ifi miraculeux! Vive le Père Marc. (Ils courent à lui,) A la santé du Père Marc! LE PÈRE MARC {avcc douleur).

Insensés ! Impies ! Est-ce ainsi que vous proclamez la guerre du Seigneur? Gessez ces cris, n'insultez pas à mes oreilles. Elles sont encore toutes pleines du râle des agonisants que j'ai vus égorgés au pied des autels. ~ Misérable ! Ote-toi avec cette coupe. (Il repousse la coupe.) Tu as mêlé ton vin maudit

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au sang dont mes habits sont encore trempés^ au sang des enfants que les Cosaques portaient sûr leurs piques et dont ils ont brisé les têtes sur le seuil de la maison paternelle. Je viens d'enterrer ces victimes innocentes. Ne me touchez pas. Cet habit est devenu saint comme une relique.

LES CHASSEURS ET LES MONTAGNARDS

Horreur! Quelle horreur! Vengeance! Mort aux Russes! Vengeance ! En avant!

LE PÈRE MARC

Héros vengeurs! Vous êtes si forts^ si confiants. Et pourquoi donc le sabre de vos nobles s'est-il brisé comme un roseau contre Tépée russe ? Pourquoi les conseils de vos sénateurs se sont-ils évanouis comme de la fumée au souffle du Russe ? Parce qu'ils ne cherchaient pas la force qui vient du Seigneur. Et TEtemel^ Dieu des armées^ leva son bras contre eux. Et son bras est encore levé. Insensés, à genoux ! Criez ; Pitié ^ grâce! A genoux devant votre patronne la sainte Vierge! (Il montre la chapelle,)

LES CHASSEURS ET LES MONTAGNARDS

Que Dieu ait pitié de nous ! (à genoux)» Homme de Dieu^ priez pour nous !

LE PÈRE MARC [à Qenoux ct vne croix à la main).

Vierge bienheureuse ! Aux jour^ du péril^ nos rois déposaient sur ton autel leur antique couronne et tu la leur rendais plus brillante que jamais. Nous déposons à tes pieds nos vies et nos espérances ; ton fils naquit parmi les bergers^ il révéla aux petits ce qu'il cache aux grands. Vois ce peuple de pâtres ! Vois leurs mains tendues vers toi, comme autant de fleurs desséchées demandant une goutte de la ro^ée de miséricorde.

Révèle-nous le moyen de sauver notre patrie. Ne souffre pas que tout un peuple tombe égorgé comme un seul homme, ton fidèle peuple polonais ! Et^ s'il a péché, prends notre sang en expiation, punis-nous, pardonne enfin à la Pologne !

LES CHÂSSEUBS ET LES MONTÂGNABOS.

Ainsi soit-il.

LE PÈRE MARC

Et maintenant, levez- vous! Qu'il soit maudit celui qyi jette un seul regard en arrière ; qu'il ne puisse jamais regarder son Dieu face à face ! (Les chasseurs et les montagnards se f<yrment en détachements et se mettent en marche.) LE PALATIN (à Pulawsl^ et à de Choisy),

Vous irez par les ravins à gauche. Vous laisserez ces gens dans l'aqueduc souterrain qui communique avec le couvent des Pères Carmes. Nous nous réunirons dans les caves des Carmes. Les bourgeois nous y attendent. Nous nous concerterons.

ZBROY [en accourant].

Monseigneur ! le comte Adolphe ! le comte Adolphe !

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