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d'une admiration sympathique pour notre grand poëte^ avait jugé que Bocage saurait le mieux utiliser son drame. Je me rappelle que ce dernier me dit, dans une conversation, qu'il trouverait un homme spécial, familier avec la mise en soène et toutes les ressources du métier (ces expressions m'ont frappé) et, si ma mémoire ne me trompe, son choix est tombé sur M. MalleûUe, auteur dramatique d'une science reconnue et pénétré aussi bien que madame Sand d'une pieuse sympathie porr l'illustre auteur, et je ne doute pas que s'il a été appelé à ce travail, il ne s'en soit occupé avec les meilleures dispositions. Mais les désastres personnels qui m'ont frappé bientôt après m'ont fait perdre la trace de toutes ces personnes. Les événements postérieurs brouillent les souvenirs des entretiens que j'ai pu avoir avec Sobanski et les autres personnes intéressées à cette question. Sobanski mourut et moi je fus absent de Paris pendant trois ans. Et d'ailleurs, le manuscrit ne pouvait à aucun titre rester entre nos mains. Une chose qui me revient à la mémoire en ce moment, c'est que votre père, que j'ai eu le bonheur de revoir et de recevoir plusieurs fois chez moi avant son départ, ne m'a jamais parlé de ce manuscrit.
J'aurais été bien heureux de vous être de quelque utilité dans ces recheraheéy car vous ne pouvez douter de l'attachement personnel qui s'ajoute dans mon cœur au mérite et à la gloire impérissable du plus pur et du plus méritant de nos grands hommes contemporains.
Veuillez lire ma vieille écriture avec indulgence et croire à ma très-grande considération.
Albert Grzymala.
P. S. Je crois que l'écriture du manuscrit n'était pas de la main de monsieur votre père. J'ai assisté à la lecture de quelques scènes chez madame Sand, et les gens du métier (puisqu'ils s'appellent ainsi) trouvaient à côté d'une étude précieuse des caractères et de la couleur historique, une certaine absence d'entraînement dramatique.
Bougival, 2 août 1867.
Monsieur,
Les souvenirs que vous évoquez me sont encore présents, et je crois pouvoir répondre de leur exactitude.
Madame la comtesse d'Agoult, qui depuis a rendu célèbre son pseodonyme de Daniel Stem, me remit à Paris, rue Laffltte, hôtel de France, le manuscrit d'un drame intitulé : La Confédération ou Les Confédérés de Bar; c'était pendant l'hiver de 1836-1837. Madame d'Agoult l'avait recommandé à mon attention ; le nom de votre illustre père le recommandait h ma
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sympathie. Il avait déjà passé par l'examea de plosiears auteurs dramatiques, entre autres Alfred de Vigny.
Je crois qu'on avait répondu avec plu* de politesse que de franchise, plus en Philintes qu'en Alcestes. Moi, j'eus, comme toujours, le courage de mon opinion. Après avoir lu avec une respectueuse attention l'ouvrage inédit d'Adam Mickiewicz, je le rendis à madame d'Agoult, en lui disant que les beautés de sentiment et de pensée y abondaient tout naturellement, mais que l'action, l'intérêt, Tagencement dramatique, tels qu'on les comprenait en France, y faisaient complètement défaut, et que je ne voyais aucun moyen, aucune chance pour le faire représenter dans des conditions dignes de son auteur. Madame d'Agoult se récria contre la sévérité excessive, peut-être téméraire, de mon jugement; je répondis que je désirais sincèrement me tromper, et nous en rest&mes là. Depuis ce moment jusqu'à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je n'ai plus entendu parler du drame composé par votre père et soumis un instant à mon appréciation.
Si vous voyez madame la comtesse d'Agoult et le comte Grzymala, veuillez bien, je vous prie, transmettre à l'une mes affectueux respects, et à l'autre mes vieilles et toujours bonnes amitiés.
Agréez pour vous-même, monsieur, l'assurance de mes sentiments les pius distingués.
F. Mallefillb.
Saint-Lupicin, par Saint-Claude, 7 août 1867.
Le manuscrit dont vous me parlez, monsieur, a été, sur le désir de monsieur votre père, confié à l'acteur Bocage qui, si ma mémoire ne me trompe, a dû le lui remettre en personne (1) avec des observations très-analogues à celles de M. MallefiUe. Je regrette infiniment de n'avoir à vous transmettre d'autres renseignements et je voudrais espérer que si, en toute autre occasion. Je pouvais mieux vous servir, vous ne douteriez pas de mon cordial empresseaeat.
La Kiémoire de votre illustre père m'est chère et sacrée, et tout ce qui lai appartient a droit à mon plus affectueux intérêt. Hecevez-en ici la sincère a sorance, monsieur.
Marie d'Agoult.
(i) fin 18^4 madame Mickieiwicz se préoccupait de savoir si l'on ne pouvait pas retrouver le manuscrit de son mari. En 1858, Bocage, à qui il en était parlé> n'avdit plus à ce sujet que des souvenirs confus.
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