Livre II des Rois, ch. xi
8. Ce couplet est comme une réponse à celui que chantent les musiciens au deuxième acte de La Vengeance defamar :
« Oiselets qui saluez l'aube
Par vos joyeuses chansons.
Chantez pour Amon.
La tristesse consume sa vie,
Et il ne sait s'il est triste d'amour,
Et il ne sait si d'amour il est triste. »
9. Ces derniers vers ont été déjà traduits, non sans erreurs, par M. Albert Savine, en appendice au beau livre de M. Félix Rabbe, Shelley, sa vie et ses œuvres, p. 528.
10. Ce passage a été interprété de différentes manières par les exégètes. Laplupart ne trouvant pas dans la Bible de texte formel qui autorise les paroles de Tamar, s'accordent à dire que la jeune fille cherche, par cette vague promesse, à gagner du temps afin d'échapper aux poursuites d'Amon.
1 1 . Shelley éprouvait pour les drames de Calderón une admiration enthousiaste.» Plusieurs d'entre eux, écrivait-il, sont certainement dignes d'être placés parmi les plus grandes et les plus parfaites créations de l'esprit humain. Calderón surpasse tous les dramaturges modernes, excepté Shakespeare, auquel il ressemble cependant par la profondeur de la pensée, par la finesse de l'imagination et par ce génie qui lui permet, dans ses œuvres, de mêler aux situations les plus tragiques des traits délicats et
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d'un comique vigoureux, sans diminuer l'intérêt de ces scènes. Je le place beaucoup plus haut que Beaumont et Fletcher.»Mais Shelley, qui avait peint par deux fois l'inceste, sous des couleurs poétiques dans Laoii et Cythna^ et sous des couleurs atroces dans Les Cenci, semble avoir eu une prédilection particulière pour le premier acte des Cheveux cfAbsalon. Je suis heureux de pouvoir citer ici la charmante lettre qu'il adressait de Florence, le 16 novembre 1819, à M"^^ Gisborne, admiratrice passionnée de Calderón, qu'elle avait fait connaître au grand poète anglais :
« Madonna, — ces jours derniers je naviguais sur la mer sans mon pilote, et, malgré ma voile souvent déchirée, ma barque faisant eau, mon loch perdu, je flottais quand même sur les eaux, en suivant une route quelconque d'une île à une autre ; en vue tantôt de magnifiques rochers escarpés et de montagnes, tantôt d'îles revêtues de mousse et de fleurs, rayonnantes de ruisseaux, tantôt de déserts slériles. Je lisais Calderón sans vous. Tai lula cismade Ingalaterra, les Cabellos de Absalom et trois ou quatre pièces encore. Ces pièces, plus faibles que celles que nous avons lues ensemble (au moins plus faibles que le Principe constante), si belles dans leurs parties détachées, — sont peut-être plus sublimes au point de vue de Tensemble du caractère fini, qui vous donne le sentiment' de la satisfaction. Dans le drame les Cabellos de Absalom, se trouvent des traits les plus profonds et les plus tendres, pris au vif de la nature même. Rien ne peut être plus pathétique par sa conception que le caractère du vieux David et son amour tendre et impartial pour ses fils haineux et désobéissants, — amour qui s'élève au-dessus de toutes les insultes et de tous les crimes. La scène de l'inceste entre Amon et Tamar est pleine d'une beauté terrible. C'est très à propos que Calderón fait dire à Amon :
Si sangre sin fuer/o hiere Que fara sawjre con fuego?
L'inceste est, comme beaucoup d'autres choses incorrectes, me circonstance très poétique. Il peut être un excès d'amour ou [de haine. Il peut être un défi intrépide jeté au monde entier au [nom de l'amour pour un autre être, s'enveloppant dans la gloire [du plus haut héroïsme , ou bien il apparaît comme une cynique [frénésie qui, confondant les conceptions habituelles du bien et lu mal, se fraie précipitamment un passage à travers eux, fs'éprenant de la révolte d'égoïsme et de haine. Calderón, en suivant les historiens juifs, a représenté l'action d'Anion comme une chose des plus viles. Son Amon est un sauvage plein de préjugés;
il accomplit ce qu'il abhorre, et il abhorre ce qu'il y a d'inévitable dans son crime. — Adieu, Madonna. Votre dévoué P. B S.»
Je dois la communication de ces précieux documents au traducteur russe de Shelley, M, Constantin Balmont. M. Balmont, excellent poète lui-même, sait apprécier et comprendre dans leurs nuances les plus délicates les œuvres des anciens poètes espagnols. Il se propose de faire connaître prochainement à sa patrie les drames religieux de Calderón qui « est, dit-il, doux et délicat comme un lis. Mais, ce n'est pas un de ces lis que nous voyons souvent dans notre climat tiède, sous nos cieux incolores. C'est un lis indien qui croît sur des Montagnes Bleues. Cette plante dépasse la taille d'un homme et sur sa tige s'épanouissent douze calices profonds et gigantesques. » Que M. Balmont reçoive ici l'assurance de ma gratitude bien vive.
La dernière partie de la lettre à M™*^ Gisborne a été traduite par M. Félix Rabbe, dans son livre Shelley, sa vie et ses œuvres ^ Paris, Savine, 1887. On pourra lire dans cette œuvre de forte et pénétrante critique diverses appréciations de Shelley à propos du théâtre de Calderón.
12. Voici la traduction de deux poésies inspirées par l'aventure d'Araon et de Tamar. La première est un sonnet d'Agustin de Salazar y Torres, publié en 1681 dans le tome I de la Cythara de Apolo, sous le titre suivant :
Sur le double excès d'amour et de haine qu'éprouva Amon avant et après le viol de Tamar.
« Avec quelle soumission, avec quelle humilité Amon, le barbare, adore la beauté de sa sœur! Il craint, souiîre, soupire, se tait et pleure. Il pleure? Déjà son amour lui coûte cher.
« Il possède Tamar et voit se convertir en haine son amour. Ah ! passion vile et traîtresse ! Celle qui t'enflamma hier te glacet-elle à présent? Ce que l'on a adoré, l'abhorre-ton si vite?
«Désirer et obtenir des ivresses si violentes et si opposées, une aussi légère circonstance sufiit-elle à transformer tout un dieu?
« Mais comment s'étonner d'un changement aussi soudain? L'amour n'est-il pas un extrême? Comment douter, alors, que de la haine à l'amour il n'y a pas la moindre distance? »
La deuxième poésie est un romance insérée sous le n° 452 dans le Romane ero [de Agustin Duran, et sans nom d'auteur. Les poin-
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tes et les équivoques qu'on y remarque prouvent assez qu'il date de la décadence. Je le donne ici à titre de curiosité :
« Amon, dans son amour pour Tamar, simule une grave maladie. Qui aime n'estque trop malade; il n'a pas besoin de feindre! Par les yeux de la sœur le frère est percé de flèches, si bien que, s'ils étaient plus chastes, ce serait la Sainte-Confrérie (1). Il prie Tamar de venir le guérir. Elle seule, dit-il, possède le remède qui convient à son mal. Tamar lui donna à manger, et, voyant sa beauté, Amon transposa son goût dans ses yeux et mangea du regard. Pour ne pas attendre plus longtemps, le galant Hébreu la viola, et, tout juif qu'il était, renonça dès lors à attendre (2). L'ayant violée, il la haït, car le dégoût suit de près le plaisir. Outragée par la violence, elle le fut davantage encore par le dédain. Violée et détestée, elle va chercher vengeance. Fuis, Amon ! Prends garde à toi ! Elle est femme et saura la trouver. »
A la suite de ces deux poésies espagnoles, il ne sera peutêtre pas sans intérêt de citer un fragment emprunté à la tragédie française de Nicolas Chrestien. (Voir p. 22.)
AMNON
Oste toy, sors d'ici, puisque j'ai fait de toy, le ne veux plus te voir gisante auprès de moy, Retire toy d'ici, malheureuse insensée.
Après avoir iouy, mon amour est passée.
THAMAR
Crime plus outrageux que ton premier forfait.
Hélas au moins attens que les nocturnes ombres Ayent voilé ton crime, et mes cruels encombres, Attens la noire nuict, ton péché sera teu, Ma plainte moins ouye, et mon malheur moins veu.
1. « L'étendard de la Sainte-Hermandad (Sainte -Confrérie) avait en guise de hampe une flèche. Les membres de cette association, à ses
'débuts, se servaient de cette arme parce que c'était alors la plus redoutable, ou, d'après certains, parce que les rois Ferdinand et Isabelle leur donnèrent pour insignes les flèches qu'eux-mêmes portaient dans leurs armoiries. Ces archers n'y ont pas renoncé et lancent encore des flèches tavec leurs arbalètes. » Lie. Pedro de Herrera, Descripción de la capilla 'del Sagrario, Madrid, 1617, f» 51.
2. Allusion aux juifs qui attendaient le Messie, très fréquente chez les auteurs espagnols.
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AMNON
Tu me desplais autant que tu inc pleus iadis.
Til AMAR.
le suis un temple obscur de péchez et de maux, Où de mon cher honneur paroissent les tombeaux.
13. « ...filii autcm David sacerdotes erant. » II Samuel, viii, 18. Calderón qui, en écrivant son drame, avait toujours la Bible présente à la mémoire, s'est souvenu ici de ce passage.
14. « S'elomoh, Félix. On traduit ordinairement Paci/î^iie... La racine marque un état d'intégrité, de santé, de perfection, de salut. » Edouard Reuss, Histoire des Israélites^ p. 363 n.
Salopion
[Que es lo mismo que decir Pacifico y manso)
Calderón. La Sibila del Oriente. J. I.
15. J'ai adopté la version de l'édition originale. La Venganza de Tamrtr, 1634:
Gran Monarca de Israel decendiente del León, que para vengar injurias dio a luda el viejo lacob...
Plusieurs éditions postérieures ont remplacé le dernier vers par celui-ci :
dip ayuda al nuevo Jacob...
ce qui devrait alors se traduire: « ...descendant du lion qui, pour venger ses injures, donna aide au nouveau Jacob. » La première interprétation me semble beaucoup plus claire. Ce lion, que Jacob donne à [la tribu de] Juda, c'est son fus Juda lui-même. Allusion à ce passage célèbre de la Bible : « Catuhis leonis Juda. Ad pracdam, fui mi. ascendisti. Requiescens accubuisti lit ko, et quasi leacna, quis suscitalit eum? » Genèse, xlix, 9.
16. « Dixitque David ad Saul : Pascebat servus tuus patris sut gregem, et veniebat leo vel ursus, et tollebat arietem de medio gregis ; et persequebar eos et ¡'iercuticbam^ eruebamque de ore eorum ; et illi consurgebant adnersum me, et appreJiendebam mentum eorum, et suffocabam, interficiebamque eos. »I Samuel, xvii, 33-35, ¡M. Reuss observe dans une note {Histoire des Israélites,.
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p. 288) que David ne se ilaLte pas par ces mois d'avoir, une fois par hasard, tué un lion, — comme on Ta compris généralement. Il avait Thabitude de défendre ses JLroupeaux contre les fauves qui les attaquaient. Cette prouesse du jeune berger dut frapper vivement l'imagination des poètes dramaliques espagnols. On la trouve riipportée dans la plupart des pièces qui ont David pour héros.
17 Où suis-je? de mon roi soûliendrai-je l'aspect.
De ce roi dont le front imprime le respect?...
ditl'Absalon de Duché, acte IV, se. i.